[Shôjo] Alice 19th par Yû Watase

Bonjour à tous,

Pour inaugurer cette nouvelle section consacrée aux mangas, quoi de mieux qu’une oeuvre un peu oubliée centrée sur les mots et surtout leurs pouvoirs.

Je vous invite donc à (re)découvrir Alice 19th, une série en 7 tomes signée Yû Watase publié entre 2003 et 2005 aux Éditions Glénat.

Pour quels lecteurs

– Ados

– Fans de fantastique, d’aventures et de romances pas trop guimauves

L’intrigue

Avec le succès remporté par Fushigi Yugi (1992-1998) et Ayashi no Ceres (1996-2000), Yû Watase s’est faite un nom sur le marché du manga. Avec Alice 19th, publié d’abord dans Shôjo Comic, puis entre 2001 & 2003 chez Shogakukan, elle renoue avec les séries de taille plus modestes et aborde un sujet sérieux : le pouvoir des mots.

Alice Seno (瀬野 ありす), quinze ans, est amoureuse de Kyô Wakamiya (若宮 叶), mais ne peut avouer son amour, car sa sœur Mayura (真由良) a également des vues sur lui.
Sur le chemin du lycée, Alice sauve une lapine capable de prendre une forme humanoïde nommée Nyozeka (ニョゼカ). En retour, cette dernière confie à Alice un bracelet munie d’une pierre rouge sur laquelle est gravé le 19ème lotis « Rang », qui signifie « courage ». Elle lui explique qu’elle a le potentiel de devenir un lotis master — ou maître des mots. Au cours d’une violente dispute avec sa sœur, Alice lui demande de disparaître… ce qui se produit.
Pour sauver Mayura, prisonnière des ténèbres de son propre cœur, Alice doit apprendre à utiliser le lotis et devenir une véritable lotis master. Aidée de Kyô et Frey — un grand lotis master qui semble ne pas la lâcher — elle va tout faire pour apprendre à maîtriser cette force et sauver sa sœur.

Mon avis

Si Alice 19th débute comme une romance adolescente classique, la série prend assez vite le virage du fantastique. On y retrouve bien le doute caractéristique du genre (incarné par la révélation de Nyozeka à laquelle Alice n’accorde que peu de crédit, même une fois mise devant le fait accompli). Mais c’est véritablement la disparition de Mayura, sous les yeux de sa sœur, qui va servir de bascule et de moteur à l’intrigue.

En effet, après l’avoir blessée, Alice n’aura qu’une idée en tête : la sauver et s’excuser.

Le pouvoir matériel des mots

La grande force de cette série est d’avoir réussi à matérialiser un monde intégralement constitué de choses immatérielles. L’Inner Heart est une réalité alternative dans laquelle ne peuvent évoluer que les lotis masters et les maaras (sortes de montres nés de la noirceur de l’âme humaine). Les personnages y accèdent grâce à l’incantation « Na sadaru lotis ran » et se battent en utilisant les 24 lotis.

Comme son nom le suggère, l’Inner Heart est un accès direct au cœur et aux sentiments profonds des gens. Tous les non-dits et les pensées négatives y ont une existence matérielle utilisée lors des combats — qui ne se limitent pas à de simples joutes verbales.

D’ailleurs se rendre dans l’Inner Heart n’est pas sans danger puisque les lotis masters peuvent se retrouver prisonniers ou pire… mourir. Car l’Inner Heart est chargé d’affect négatif et peut influencer le lotis master. En gros, plus son moral est bas, plus le danger grandi, et plus ce monde alternatif peut se refermer sur lui.

D’un triangle amoureux à un autre

Le triangle amoureux est une composante récurrente de la série. Rien que dans le premier tome on compte 3 successifs. On compte d’abord celui formé par Alice – Mayura & Kyô, qui cède temporairement place à un autre formé par Alice – Kyô & Matsujô (un ami présenté par Mayura) pour enfin aboutir au second triangle de premier plan formé par Alice – Kyô & Frey.

Pourtant, Alice n’est pas un serial lover, c’est même tout le contraire. Introvertie, elle garde ses sentiments pour elle. Aussi, le caractère très entreprenant de Frey va insuffler une dynamique rafraîchissante qui sera à l’origine de nombreux gags et situations comiques.

Malgré cette prédominance romantique, la série reste centrée sur l’entraînement d’Alice et les combats. Il faut dire que le grand méchant est un maara plutôt coriace, alors mieux vaut être prêt.

Un petit air de déjà-vu

A l’époque de la sortie de la série (il y a un peu moins de 20 ans), je me souviens que mon regard a accroché la couverture du premier tome, intrigué. « Tiens, on dirais Sakura ». Après avoir dévoré ce tome, je l’ai présenté à une amie à qui la couverture a fait exactement le même effet. Il est vrai qu’avec ses traits minces et sa coupe caractéristique, Alice fait irrémédiablement penser à Sakura, la célèbre chasseuse de cartes des CLAMP.

Alice Seno
Sakura Kinomoto

Il est vrai que face au succès remporté dès 1996 par l’écolière qui change de déguisement à chaque épisode (ou presque), s’en inspirer est assez tentant. Cependant, on ne peut réellement parler que d’inspiration tant les similitudes sont limitées. En fait, Yû Watase prend même le contre-pied avec Alice. Car cette dernière est lycéenne, ses préoccupations sont donc plus « mâtures » et l’univers kawai cède le pas au monde cauchemardesque de l’Inner Heart.

Certes, les 24 lotis peuvent faire penser aux 19 cartes de Clow (ou 53 en version animée), d’autant que certains lotis ont la faculté de sa matérialiser. Ainsi, le Rang d’Alice peut devenir un lion de le Luta (11ème lotis signifiant « persévérance ») de Kyô, un arc. Le but du lotis master étant de les maîtriser tous et par la même, de voir donc son bracelet devenir un chapelet.

Ceci dit, ce côté « collection » est tellement présent dans la culture nippone (et si pratique pour le marketing) que nous tous en tête le meilleur exemple du genre : Pokemon et ses très trop nombreux produits dérivés.

Suivez le lapin blanc
Le Lapin Blanc

Si vous êtes plus adepte de la littérature anglophone que nippone vous aurez sans doute remarqué quelques similitudes avec le célèbre roman de Lewis Carroll : Les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles. Là encore, Yû Watase ne fait que s’inspirer de quelques éléments pour donner vie à son propre univers.

Nyozeka

En conclusion

De tous les mangas que j’ai lu depuis mon adolescence, Alice 19th garde une place particulière dans mon cœur. Une emprunte teintée de nostalgie — sans doute liée aux diverses inspirations de l’auteure qui ont contribué à lui créer une aura spéciale.

Cependant, le thème principal n’y est pas étranger non plus, car à l’adolescence, les jeunes ne sont pas tendres entre eux. Beaucoup ignorent la force des mots qu’ils utilisent et les conséquences qu’ils peuvent avoir sur leurs amis ou camarades de classe.

En résumé, Alice 19th est une bonne série à mettre entre les mains d’une ado. Une intrigue sans failles menée d’une main experte dotée un univers parallèle construit comme un véritable petit bijou. Ajoutez-y une bonne dose de méditation et de sensibilité toute féminine et vous obtenez une série aussi prenante qu’haletante. Au niveau graphique, on ne peut que saluer la qualité des dessins, que cela soit pour les personnages ou les décors avec des trames qui ne nuisent pas à la lisibilité des cases. Le tout en 7 tomes, suffisamment long pour développer les personnages et l’intrigue, mais pas trop non plus pour éviter de créer des longueurs.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s