[Littérature contemporaine] Les Vestiges de ma vie par Patrick Rose

Bonjour à tous,

Pour un auteur de fiction, il n’a rien de plus authentique et paradoxal que de parler de la vie. Du réel.

Si la vie peut sembler triviale, elle demeure un excellent prétexte pour aborder des sujets qui le sont nettement moins.

C’est le choix qu’à fait Patrick Rose pour son premier roman, Les Vestiges de ma vie. Auto-édité en avril dernier chez Librinova.

Encore un grand merci à Librinova pour leur confiance renouvelée.

Pour quels lecteurs

– Tout public

– Amateurs de tranches de vie, biographies et autres témoignages

– Auteurs souhaitant réinventer la littérature contemporaine

L’intrigue

Au crépuscule de sa vie, Denise Pasquier a la mémoire qui vacille. Elle en oublie la morne réalité de son quotidien en maison de retraite, mais elle se souvient des moments forts de son existence. Revenant sur son passé, Denis nous raconte alors la vie qu’elle a autrefois menée : ses histoires d’amour illusoires, son succès dans le monde de la mode, son enfance passée chez sa grand-mère Mamine. Elle évoque aussi sa soudaine frénésie d’écriture vers la soixantaine, âge où elle entreprend de rédiger Les Vestiges de ma vie. Réécrivant son histoire de la dernière page à la première, elle nous entraîne dans ses souvenirs et nous invite à la réflexion, notamment sur le changement d’identité et le poids des jeunes années qu’on laisse derrière soi.

Mon Avis

Comme l’évoque le résumé, Les Vestiges de ma vie ressemble vaguement à un récit enchâssé. Si ce n’est pas si évident à la lecture cela tient à deux choses :

  • Il est assez commun pour un auteur de parler d’écriture
  • La portion de l’intrigue dédiée à l’écriture est anecdotique comparé au reste.

Alors que le réel intérêt du livre est sa façon de réinventer l’auto biographie. En effet, cette autobiographie ne raconte pas la vie d’un être réel, mais celle d’un personnage : Denis(e) Pasquier. D’ailleurs, le roman s’ouvre sur deux citations :

« Pour vous obliger de penser à moi, d’y penser souvent, d’y penser encore, voici quelques fleurs simples, quelques fleurs des champs. » – Den

« On ne sait jamais ce que le passé nous réserve » – Françoise Sagan

S’il est facile de reconnaître l’auteur de la seconde, la première provient de Denis, le protagoniste. Une façon subtile de l’ériger en véritable personne à part entière.

De plus, contrairement aux grands noms du genre, le récit est intégralement raconté à rebours. Ainsi, nous assistons d’abord au décès de Denise pour ensuite remonter le fil du temps.

Un exercice difficile qui vous rappellera sans doute L’étrange Histoire de Benjamin Button, par Francis Scott Fitzgerald. À la différence que Patrick Rose ne remonte pas jusqu’à la naissance de son personnage. Sans rien spoiler, je dirais simplement qu’il s’arrête dans l’enfance du protagoniste, un jour tout particulier qui permet de boucler la boucle.

On pointera volontiers quelques entorses à la chronologie. En effet, il arrive qu’au lieu de remonter le temps, l’auteur le laisse, par endroits, filer normalement. Sans doute pour ménager des effets de suspens.

En effet, ce type d’exercice est difficile, parce qu’il faut tout repenser en fonction de la chronologie. La maîtrise du suspens devient un véritable challenge.

C’est bien simple, il faut tout penser à l’envers, même les symboles. Ici, ils incarnent précisément le coup de maître de l’auteur. Il a choisi de procéder avec des références qui se font écho. On les découvre toutes très tôt dans l’intrigue et on se rend progressivement de leur importance avec leur récurrence. Remonter le fil de l’histoire permet de comprendre leur signification.

Quand j’entame la lecture d’un roman, je tourne toujours discrètement les pages pour en lire d’abord la dernière. C’est un peu, j’en conviens, comme faire un tiercé avec le résultat des courses, non par impatience mais juste pour percevoir si l’histoire aboutit, si la vie dépeinte en vaut la peine, pour savoir d’emblée si l’aventure contée sera légère ou tragique, pour connaître avant tout un des moments les plus essentiels de notre vie. Celui où le rideau tombe.

Le Verdict

Avec ses personnages réduits à la sphère familiale proche de Denise, l’auteur prend le temps de développer chaque personnage individuellement à travers les yeux du protagoniste. Ils nous apparaissent plus vrais que nature, tous très différents physiquement comme psychologiquement.

De son côté, le style simple et sans fioritures aide à rester très terre-à-terre. Ce qui tombe plutôt bien puisque à travers Denise, l’auteur nous parle de la vie, de la vieillesse (et de la perte de mémoire qui l’accompagne), de l’acceptation du handicap, mais aussi de la différence et du regard des autres.

En bref, Les Vestiges de ma vie est un inclassable. Un roman extraordinaire entre une épaisse tranche de vie et l’autobiographie d’un personnage. Mais c’est surtout une œuvre attachante que l’on dévore sans s’en rendre compte et qu’on est presque triste de finir tant on aimerait prolonger le plaisir.

Certes, il n’est pas parfait, mais innovant et terriblement touchant.

Suivez le lien pour vous procurer ce livre.

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