[Romance] Je voulais vivre dans un tableau de Chagall par Gaëlle Fonlupt

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Bonjour à tous,

Avec la Covid, cet été a un goût particulier. Différent des autres. Comme vous le savez, la Bibli’ vous aide à voyager dans la littérature indé en toute sécurité et sélectionne pour vous des œuvres estivales.

Cette fois-ci, mon choix s’est arrêté sur Je voulais vivre dans un tableau de Chagall. Une romance tragique qui tourne à la folie sur fond d’exotisme et ponctuée par les tableaux du grand-maître. Autoédité en mars 2020, ce primo roman fait partie des finalistes du concours Talents de Demain lancé par Kobo en partenariat avec les Éditions Préludes.

Pour quels lecteurs ?

– Tout public

– Adeptes de romances tragiques

– Personnes souhaitant écrire un roman non-chronologique

L’intrigue

Lou est hospitalisée en psychiatrie sans savoir pourquoi. Hantée par une voix intérieure et des loups imaginaires, elle tente d’échapper aux sangles et camisoles chimiques qui anéantissent les rêves. Personne ne semble l’entendre dans cet univers où l’humanité a été avalée par les horloges

Au fil des pages, on découvre cinq ans plus tôt, l’histoire de Louiza, qui a tout plaqué pour se consacrer à la photographie, et de Nils, jeune homme idéaliste ambitionnant de devenir diplomate.

Une histoire qui, du Vietnam à Paris, en passant par la Bretagne et Malte, les conduira jusqu’au cœur de cette nuit parisienne où tout a basculé. Un parcours initiatique et poétique dans un univers à fleur de peau où couleurs et émotions se mélangent au gré des rebondissements et révélations

Mon avis

De prime abord, ce roman est déroutant. L’auteure alterne d’un chapitre à l’autre entre passages présents et passés sans nous préparer au changement de décors. Ainsi, on passe du quotidien de Louiza en HP à la vie de Nils à Hanoï en passant par des passages hors du temps.

Si cette gymnastique se révèle un peu déconcertant au début, on remarque vite une différence de narration entre le présent et le passé. En effet, les instants présents sont racontés directement par Louiza. À la troisième personne, alors que les événements passés forment le récit de la vie de Nils vue par Louiza. À la deuxième personne. Tel un stalker, elle observe sa proie et s’immisce dans son intimité. Un procédé narratif si peu répandu qu’on le remarque immédiatement.

Avec son incipit statique, l’auteure nous donne à voir une scène d’ouverture. La dernière nuit d’amour de deux amants. Une nuit en miroir d’un tableau de Chagall. Onirique et poétique, son style fait la part belle à des descriptions précises et des figures de style aux mots bien choisis. Lentement, ce chapitre nous aspire. Les décors et les personnages prennent forme peu à peu. Une à une, les questions émergent dans notre esprit et très vite, nous n’avons plus qu’une envie : plonger dans ce rêve éveillé. Sans savoir que nous ne sommes qu’au début du cauchemar.

« Ton profil se détache en ombre chinoise dans la chambre assombrie par le crépuscule. Je contemple les contours de ton visage figé, ta bouche close, tes mâchoires crispées. Nos corps étendus baignent dans des limbes bleutés. De la rue, une enseigne lumineuse projette un halo rouge incandescent qui ondule sur le plafond, mêlé d’un vert intermittent. Nous sommes dans un tableau de Chagall celui où deux amants bleus d’un sommeil éternel sont veillés par une chèvre verte, tandis que, flottant dans le ciel sombre de Paris sur les ailes déployées d’un oiseau vermeil, une sirène écarlate emporte un nourrisson sur son sein. Un bébé rouge sang. »

Contrairement à une majorité de romans dans lesquels les personnages nous sont introduits par une petite présentation – a minima physique – avant le développement de celui-ci, l’auteur nous présente ses personnages au fil de leurs apparitions. Ainsi, au fur et à mesure des indications données par le narrateur, le lecteur reconstitue la mosaïque des personnages en même temps qu’il déchiffre la chronologie des événements.

Bref, ce roman est un peu à l’image de Chagall : un inclassable. Entre romance tragique, initiatique, enquête, tranche de vie… il présente quelques éléments du thriller psychologique sans vraiment s’y affilier.

Mais pour moi, son brio réside dans sa faculté à transposer les tableaux du peintre dans le récit et les faire émerger les uns après les autres. Si vous connaissez peu ce peintre, vous le remarquerez à peine, mais si vous regardez ces toiles en parallèle de votre lecture, cela donnera une toute autre dimension à votre lecture. Enfin, tous les chapitres sont introduits par une citation bien choisie qui vous fera (re)découvrir la littérature française et étrangère.

Le Verdict

« Chagall lui dit l’inverse, démonte les convenances et brandit la sincérité émerveillée de son âme d’enfant pour percer le désespoir. »

Je voulais vivre dans un tableau de Chagall est un roman extraordinaire aux facettes multiples. À la fois récit de voyage exotique, romance tragique, exploration du psychisme humain… il nous montre comment la passion amoureuse peut mener doucement – sans crier gare – vers la folie.

Avec son récit non-chronologique et ses personnages complexes, ce roman nous fait vite l’effet d’un puzzle. Loin d’être fastidieux, on se laisse glisser au fil des chapitres plus ou moins longs qui créent un rythme soutenu et nous maintiennent en haleine jusqu’au dénouement.

Que dire de la plume de l’auteure ? Légère, poétique – voire lyrique –, elle sublime les paysages magnifiques qu’elle nous donne à voir et révèle l’horreur contenue dans les hôpitaux psychiatriques sans chercher à l’adoucir ou à la rendre plus acceptable.

En attendant l’annonce des résultats en septembre, ce roman frais, léger, et même solaire se révélera un excellent compagnon de voyage pour votre été. Que vous partiez ou non.

Suivez le lien pour vous procurer ce livre.

coup de foudre

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