[Classique US] Fahrenheit 451 par Ray Bradbury

Fahrenheit 451

Bonjour à tous,

En ces temps troublés, j’ai eu envie de me plonger dans un bon vieux classique. Acheté il y a quelques années, le bestseller de Ray Bradbury – Fahrenheit 451 me faisait de l’œil depuis un moment et bien m’en a prit. Que vous l’ayez lu ou pas encore, vous n’allez pas tarder à comprendre pourquoi.

La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, j’étais assez jeune. Mon frère devait le lire pour le collège et mon père nous en a fait le résumé suivant : « c’est l’histoire d’un pompier qui brûle des livres et qui finis par se regrouper avec d’autres personnes pour les mémoriser. »

Un résumé succinct, mais un peu facile qui fait passer cette novella pour un manifeste contre la censure, alors que la réalité est un peu plus complexe.

Cette chronique est basée sur l’édition anglaise parue chez Harper Collins pour les 50 ans de la novella. Cette version a l’avantage de posséder une nouvelle introduction et un épilogue écrits par Ray Bradbury qui retracent l’enfance de l’auteur, la genèse de la novella et de ses versions précédentes.

Pour quels lecteurs ?

– Tout public

– Fans de SF sous toutes ses formes

– Personne souhaitant écrire un novella

L’intrigue

Montag est un pompier. Son boulot consiste à brûler des livres qui ont été interdit, car étant source de discorde et de malheur. Pourtant, Montag n’est pas heureux. Son mariage prend l’eau.

Y a-t-il des livres cachés chez lui ? Le chien de chasse mécanique de la caserne – armé d’une injection hypodermique mortelle –, escorté par des hélicoptères, est prêt à traquer les dissidents qui défient la société en préservant et en lisant des livres.

Quatrième de couverture et citations traduites par mes soins.

Mon avis

Sur Fahrenheit 451 – comme pour tous les autres classiques – les quatrièmes de couvertures ne manquent pas. Mais beaucoup sont aussi faciles que le résumé de mon père. C’est pourquoi, j’ai préféré vous traduire celle de mon édition, qui a l’avantage d’apporter quelques précisions. Donc oui, Montag brûle des livres, mais uniquement ceux qui ont été décrétés comme dangereux pour l’équilibre de la société. D’ailleurs, c’est Beatty, le chef de Montag, qui en parle le mieux.

« Les noirs n’aiment pas l’Histoire du Petit Sambo. Brûle-le. Les blancs ne se sentent pas bien face à La Case de l’Oncle Tom. Brûle-le. Quelqu’un a écrit un livre sur le tabac et le cancer des poumons ? Les cigarettiers sont en pleurs ? Brûle le livre. La sérénité, Montag. La paix, Montag. »

Pour le bien commun, mais surtout pour empêcher les gens de réfléchir et les laisser s’abrutir dans une société utopique centralisée sur le bonheur.

« Tu dois comprendre que notre civilisation est tellement vaste qu’on ne peut pas se permettre d’énerver et d’attiser les minorités. Demande-toi, à quoi aspirons-nous dans ce pays, plus que tout au monde ? Les gens veulent être heureux, n’est-ce pas ? Ne l’as-tu pas entendu toute ta vie ? « Je veux être heureux » qu’ils disent. Et bien, ne le sont-ils pas ? Ne les garde-t-on pas en mouvement ? Ne leur donne-t-on pas de plaisir ? Nous ne vivons que pour ça, pas vrai ? Pour le plaisir, le grand frisson ? Et tu dois admettre que notre culture en fournit plus qu’assez. »

Et quand il s’agit de censure, ne pensez pas pouvoir blâmer les politiques, mais plutôt les critiques littéraires et la société elle-même. Voyez plutôt.

« Auteurs – emplis de pensées malfaisantes – verrouillez vos machines à écrire. Et ils l’ont fait. Les magazines sont devenus de charmants mélanges de tapioca à la vanille. Les livres – comme disaient ces maudits critiques snobinards – étaient du jus de chaussettes. Pas étonnant que les livres ne se vendaient plus, disaient les critiques. Mais le public – sachant ce qu’il voulait, tournant gaiement, laissa les comics survivre. Et les revues pornographiques en trois dimensions, bien sûr. Voilà, Montag. Ça ne provenait pas du gouvernement. Il n’y a pas eu de diktat, pas de déclaration, pas de censure, pour commencer, non ! La technologie, l’exploitation de masse et la pression des minorités ont porté le truc, Dieu merci. »

Lire Fahrenheit 451 de nos jours est une expérience assez particulière au regard du mouvement Black Livers Matter, mais pas seulement. Si l’on laisse de côté les avancées technologiques décrites dans la novella (telles que le chien de chasse mécanique, par exemple) pour se concentrer sur la société, on est frappé par la similitude avec la nôtre. Les gens lisent de moins en moins. Sur le marché du divertissement, la lecture est d’ailleurs mise au placard, largement devancée par les jeux-vidéos, les séries télé et le cinéma. Depuis la création d’Internet et des réseaux sociaux, les écrans accaparent toute notre attention de jour comme de nuit, grignotant notre sommeil et et détricotant le tissu social. Pour couronner le tout, le petit écran cède de plus en plus de place à la télé réalité. Ce reflet exacerbé de la superficialité et de la bêtise humaine en toute impudeur contribue largement à abrutir le public, remplaçant les vraies questions par des futilités.

Comme dans Fahrenheit 451, les États d’aujourd’hui ont besoin d’un peuple grégaire et suffisamment idiot pour ne plus réfléchir. Comme le productivisme écrase les travailleurs sous la pression, ceux-ci ont besoin de se divertir. Avec l’essor du développement personnel, tout le monde cherche le bonheur et les États encore plus. Parce que l’unité nationale en dépend. Qu’il va de paire avec la paix et que cela alimente un cercle vertueux.

Non, il n’y a pas de vrai grand méchant dans Fahrenheit 451. Pas plus que dans notre société, d’ailleurs. Mais on peut se demander. Est-ce la faute des critiques qui dissuadent les lecteurs ? Des lecteurs qui cherchent la facilité et la trouve plus volontiers face à un écran qu’un bon livre ? Des États qui trouveraient plus commode de nous abrutir pour leurs intérêts personnels ? Tout le monde et personne à la fois. Heureusement, nous ne sommes pas encore au stade de perdre définitivement le savoir inestimable légué nos ancêtres, même si de nombreux documents ont d’ores et déjà disparus à tout jamais.

Avec son côté surréaliste et ses multiples références au théâtre et à la mise en scène, le jeu des personnages m’a souvent fait penser à une pièce de théâtre. Comme dans la commedia dell’arte, les personnages sont des métonymies, ils incarnent ce qu’ils représentent. Même si ceux-ci se révèlent assez complexes.

Ainsi, Clarisse a la fraîcheur et la candeur d’une jeune fille innocente. Mais son refus de se plier aux normes de la société et la facilité avec laquelle elle ébranle les convictions de Montag font d’elle une tentatrice. À l’image de Lilith, le serpent du jardin d’Eden.

Le Verdict

Farhenheit 451 fait partie de ces œuvres de SF que l’on (re)découvre en frissonnant tant les idées de l’auteur n’ont pas prises une ride. Plus d’actualité que jamais, cette novella nous invite à réfléchir sur la place des livres en général et de la réflexion dans notre vie. Car il n’est pas pire aliénation que celle orchestrée et consentie par l’Homme.

Malgré le poids de la société, une situation n’est jamais complètement irréversible. Et tant qu’il y aura des gens pour se dresser à contre-courant, il subsistera un espoir. Car au-delà du savoir et de l’autonomie intellectuelle, les livres sont aussi vecteurs de sagesse. Une philosophie qui tend à disparaître au profit de l’impulsivité facilité par la société de consommation et l’omniprésence des réseaux sociaux.

Un livre à lire, mais surtout à méditer.

Suivez le lien pour vous procurer ce livre. Si vous préférez la VO, ce sera par .

Must read !

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