La parole à… Azaël Jhelil

Azaël Jhelil

Bonjour Azaël, je te remercie d’avoir accepté ma demande d’interview. J’espère que le confort de la Bibi’ te plaît – surtout celui de la section fantasy – car depuis la sortie du premier volume de la saga Tanglemhor, c’est un peu comme une seconde maison.

Tu viens pour nous parler du quatrième volume cette saga, qui est également l’opus qui clôt son premier cycle. C’est aussi l’occasion de revenir sur ce premier cycle et de découvrir son auteur.

Avant de te harceler de questions, je vais présenter La Tour-sans-Entrée aux lecteurs.

« Elle eut beau se débattre de toutes ses forces, le voleur l’entraîna au sol et raffermit sa prise, implacable. Enfin, alors que sa victime commençait à renoncer à la lutte,

il lui susurra d’une voix sourde :
 Je suis un infidèle et un meurtrier. »

Après leur périple dans le Jardin de l’Hiver, les conjurés sont de retour dans les terres du Levant.
Alors que se dresse devant eux la toute-puissance du Premier vindicateur, ils doivent désormais s’introduire au cœur même de la forteresse impériale.
Les démons rôdent…
Il faut détruire l’Œuf de Tanglemhor.

Sorti le 13 janvier 2020.

Le monde littéraire moderne est de plus en plus dense et tes lecteurs ne te connaissent pas forcément, aussi pourrais-tu te présenter ?

Bonjour Léona,

Je m’appelle Azaël et je suis addict à la Fantasy.

Mon addiction vient de mon enfance. Né à deux pas de Brocéliande, j’ai reçu une mauvaise éducation : ma mère m’a mis entre les mains l’Iliade, l’Odyssée, l’incroyable Antigone… J’ai dévoré la mythologie classique, puis je suis passé aux légendes nordiques, aux Mille et une nuits et autres récits du monde entier. Les contes de Perrault. Andersen. Il m’en fallait toujours plus. Un jour, je suis tombé sur L’Histoire sans fin, de Michael Ende. Je l’ai lu cinq fois. Irrécupérable.

Alors que j’étais au collège, en 1982, les éditions Gallimard – honnies soient-elles ! – ont publié en France les « livres dont vous êtes le héros ». Je me souviens avoir posé une main tremblante sur Le Sorcier de la montagne de feu. Le trou noir. Je n’ai repris conscience que dévoré par une goule, à mon premier essai… J’en ai fait des cauchemars. Ce n’était que le début de longues soirées à dessiner des cartes et à lancer des dés pour affronter mon destin. La même année, le film Conan le Barbare est sorti. J’étais trop jeune pour le voir au cinéma. Mais dès qu’il a été diffusé à la télévision… Culte.

Au lycée, de très mauvaises fréquentations m’ont fourni Le Seigneur des anneaux, Elric le Nécromancien, Le cycle des épées… Je suis tombé dans les jeux de rôle. Des heures, des journées, des nuits à partager des histoires extraordinaires… Les reportages de l’époque alertaient le grand public sur leur nocivité mais… Je me suis mis à dessiner des dragons. À écrire…

Après des études de droit, je suis parti faire mon service militaire dans la gendarmerie. J’y suis resté. Bien cadré, occupé jour et nuit, j’ai cru m’en être sorti. Une Quête de l’oiseau du temps, une Saison des cendres, voire un petit Thorgal de temps à autre, rien de bien méchant. Je me suis marié. Une épouse bien comme il faut, pas fan de fantasy. Mais nous avons eu des enfants. Deux garçons pour lesquels j’inventais des histoires. Alors forcément… Je suis retombé dans mes travers, jusqu’à commettre les Chroniques des secondes heures de Tanglemhor

Si on regarde un peu les crédits, un autre nom reviens à chaque parution : Wotan Jhelil. Est-ce une aventure familiale ?

Wotan est mon fils aîné. Il termine bientôt ses études de Beaux-Arts.

Je lui décris la couverture que je souhaite… et il fait mieux. J’adore son travail.

La création d’une couverture prend pas mal de temps. Il m’envoie un projet. Je lui dis ce qui me plaît et ce qui ne me plaît pas. Il me renvoie une nouvelle version. On reprend les détails…

Ensuite, nous faisons les essais. C’est énervant de voir le décalage entre la version numérique et la version imprimée : les couleurs sont souvent trop sombres, il faut retravailler.

Pour finir, nous arrivons à vous proposer des couvertures dont je suis vraiment content.

Ça sert d’avoir un fils artiste !

Avec ce quatrième volet, on apprend que le premier cycle s’achève, mais l’aventure de nos héros est loin d’être finie. Combien d’autres en as-tu prévu ?

Les Chroniques des secondes heures de Tanglemhor sont prévues en deux parties : le cycle de l’Œuf de Tanglemhor et le cycle de Liberté.

À l’origine, ils étaient prévus en deux fois deux tomes. J’aime bien les gros livres. Mais le nombre de pages est limité. De plus, les retours de nombreux lecteurs m’ont convaincu de redécouper le 1er volume, paru en mai 2018. Ils ont également été plusieurs à me demander des précisions sur les dieux, le calendrier, un lexique…

La nouvelle parution m’a permis d’annexer tout cela sans aucune limite.

J’ai aussi ajouté un résumé du type série : Précédemment dans les Chroniques des secondes heures de Tanglemhor – excellente idée d’une lectrice.

Du coup, le premier cycle est composé de quatre volumes.

Le second sera sensiblement aussi long. Je ne sais pas encore s’il sera découpé en trois volumes plus épais ou en quatre. Mon but n’est pas de faire durer l’histoire : elle est déjà écrite dans ma tête – et sur des tas de fiches ou cahiers de notes. Ce que je veux, c’est proposer la meilleure lecture possible à mon modeste niveau.

Entre le 24 mai 2019 et ce 13 janvier 2020, tu as publié le cycle de L’Œuf de Tanglemhor au complet. Soit 4 romans pour un total de 1 883 pages en broché. Comment fais-tu pour être si prolifique en si peu de temps ? As-tu un don particulier ou un rituel d’écriture particulièrement efficace ?

Le meilleur : 30 ans d’avance !

J’ai écrit le premier livre en… 1989. J’en avais assez de réviser le bac. Un ami avait griffonné quelques lignes avec des sortilèges et, sachant que j’aimais écrire, m’a défié d’en faire autant. Tu as lu le résultat.

Il ne faut pas croire que j’ai écrit sans arrêt pendant toutes ces années. Au contraire, il y a eu de longues périodes pendant lesquelles j’ai dû laisser de côté les aventures de la conjuration de Tanglemhor. Des journées et des nuits au service de mes concitoyens, les enfants à élever, tout ça, tout ça…

Ces aventures sont sagement restées dans un coin de ma tête. Jusqu’au jour où j’ai acheté un ordinateur. Ça ne paraît pas comme ça, mais jusqu’à cette époque, le summum de la technologie s’arrêtait pour moi au « secret de l’acier » du Conan de John Milius… Crom !

Une fois mon passage au XXIe siècle terminé, j’ai repris mon livre. J’ai ajouté un passage par-ci, un prologue par-là. Puis je me suis lancé dans l’écriture de tout le reste du cycle.

J’écris lorsque j’ai le temps et lorsque j’en ai envie. Ce qui est embêtant, c’est lorsque j’en ai envie mais que je n’ai pas le temps. Là, ça me stresse. Lorsque l’histoire veut avancer, je suis pris dans une espèce d’urgence qui fait que je m’y mets à fond.

J’écris avec un casque sur les oreilles. Généralement la nuit, à partir de 21h00 jusqu’à plus de minuit (voire 04h00 si je n’ai pas à me lever pour aller travailler…) ou le dimanche.

Le plus important pour moi, c’est la musique et une bouteille d’eau. Ainsi qu’un pc qui fonctionne, évidemment. À partir de là, le monde peut s’écrouler : je ne suis plus là.

Lorsque je suis dans des scènes de paysages, je choisis une musique de voyage :

La musique de Basil Poledouris :

On entend la plaine, les montagnes, la force des éléments…

La BO de John Barry pour Dances with wolves :

Là, tu as un voyage lent, un horizon immense. Tes pas vivent l’harmonie du moment.

Tu ne seras pas étonnée d’apprendre que Pirates des Caraïbes a beaucoup participé au tome 2.

Les chansons du groupe Hanggai sont aussi géniales pour ce genre de scènes :

Pour la poésie de l’instant, je recommande l’album Bali de Jalan Jalan : une pure merveille

En fonction de l’endroit où j’imagine la scène, j’aime écouter des musiques du monde qui s’y rapportent.

En revanche, lorsque j’écris des scènes de batailles, j’envoie les décibels.

Encore une fois, Conan the Barbarian, mais aussi Gladiator, The last of the Mohicans, The Last Samurai, Star Wars… Ajoute un peu de Seigneur des anneaux :

Les BO de films sont la nouvelle musique classique. À cet égard, Wagner est aussi de la partie, bien entendu. Quant au Carmina Burana de Carl Orff… Immortel.

Mais ce n’est pas tout. Il y a ceci :

Call to arms de Manowar. Ça envoie du pâté, non ? Leur album Gods of War est juste parfait pour écrire de la fantasy épique.

Et ça :

Rorke’s Drift de Sabaton, tiré de l’album The Last Stand.

Sans oublier Iron Maiden, Powerwolf, Myrath et bien d’autres groupes de metal, très présents dans mon écriture (trois références directes dans le 4e tome). Là, c’est terrible, parce qu’il m’arrive de chanter à voix haute sans m’en rendre compte. Mal, sinon ce ne serait pas drôle. Très sympa pour ma famille lorsque ça arrive après minuit…

En effet, j’imagine l’ambiance…

Si je n’ai qu’un seul conseil à donner, tiré de ma petite expérience, c’est de se faire plaisir. Un moment d’écriture, c’est un moment particulier, rien qu’à vous. Bichonnez-vous. Composez vos playlists, préparez tout ce qu’il vous faut et… en avant pour votre imaginaire !

La saga Tanglemhor, c’est aussi de nombreux décors à couper le souffle et beaucoup de personnages hauts en couleur. Quel est ton secret pour rendre tes personnages uniques et tes décors mémorables ?

Merci ! J’y travaille beaucoup.

C’est une très bonne question : tu m’obliges à prendre du recul sur mon écriture…

De rien, ça sert aussi à ça les interviews

Les personnages, pour commencer. C’est le plus facile.

Lorsque je crée un personnage, je réfléchis d’abord à qui il est, à ce qui le motive. Je m’inspire d’abord de mes proches ou de figures qui ne m’inspirent aucune sympathie. Puis, je recherche en moi l’aspect de ma personnalité qui va l’incarner le mieux possible. Un travail d’empathie. On n’écrit bien que sur ce que l’on ressent, sur ce que l’on connaît bien. Ainsi, je suis dans tous mes personnages, depuis Oriana jusqu’à Krûl… Je sais, ça fait un peu inquiétant, dit comme ça…

À partir du moment où je connais mon personnage, il me faut imaginer son histoire. Comment a-t-il grandi ? Qui sont ses parents ? Sa famille ? Ses amis ? Ses ennemis ? Quelles épreuves a-t-il traversées pour devenir qui il est ? Quelles sont ses forces ? Ses faiblesses ? Quelles sont ses limites ? Qu’est-ce qui peut le faire basculer ? C’est un exercice très intéressant. Je le fais pour les héros mais également pour les tyrans. Il existe des personnalités fondamentalement mauvaises. Cependant, en général, la réalité est plus complexe. Ainsi, pour mes méchants, je préfère les personnalités plus riches, qui auraient pu tourner autrement. Lorsque quelqu’un est tellement en colère qu’il est prêt à tout détruire, comme Krûl, il faut toujours se demander pourquoi. Sinon, les mêmes causes produiront les mêmes monstres…

Quant aux décors, j’en ai visité la plupart.

Chaque année, je pars marcher plusieurs jours dans la nature, en France en général. Je rêve d’arpenter un jour le Canada et la Mongolie… Je dors à la belle étoile, je mange des fruits secs, je bois de l’eau de source… J’ai eu froid, j’ai eu chaud, j’ai eu faim et soif. J’ai été tellement fatigué ou blessé que je pouvais à peine marcher. J’ai même dû terminer un trek en portant mon chien, qui était allé au bout de lui-même.

Mais là, on se sent vivant. Vraiment vivant. L’avantage d’aller à pied, c’est que je choisis mon chemin librement : je suis la route, je traverse une rivière, je me perds dans la forêt en toute liberté… Il me reste de tout cela des souvenirs de paysages portant jusqu’à l’horizon, d’escalades éprouvantes, d’étoiles par milliers, le chant des grillons, celui des vagues et du vent… et celui d’un hibou qui est venu faire aboyer mon chien au beau milieu de la nuit. Il a commencé à hululer au loin. Kuna a réagi aussitôt. Ce devait être amusant, car Maître Hibou est venu se percher juste au-dessus de mon bivouac, exprès pour la narguer ! Un quart d’heure que ça a duré, cette histoire…

Une autre source d’inspiration pour les décors, ce sont évidemment les films mettant en scène de grands espaces… et les documentaires animaliers. Laissez-vous emporter par les paysages formidables qu’ils vous invitent à découvrir.

Et lisez. Lisez sur les sujets que vous voulez aborder. Des romans, des études, des essais… Lisez et, si possible, vivez-les.

Mes scènes de combat sont très cinématographiques pour toutes ces raisons. Au niveau personnel, je pratique les arts martiaux depuis longtemps, ce qui me donne les connaissances nécessaires pour décrire les mouvements du corps, ainsi que l’expérience des coups, de la tension, de l’essoufflement, de la sidération face à la violence, etc. Sans compter mon expérience professionnelle. Ajoute à cela deux références formidables : La pierre et le sabre d’Eiji Yoshikawa et Conan de Robert E. Howard. Le premier est très technique dans son approche du combat. Le second est très physique, animal. Des livres incontournables.

En dehors des éléments dont nous venons de parler, l’univers de la saga est assez dense et tu es allé jusqu’à créer une langue vivante. Celle-ci est utilisée dans les romans, mais également dans les annexes, notamment pour l’étymologie des mots. Comment t’est venu l’idée d’aller aussi loin dans la création de ton univers et comment as-tu procédé ?

L’étymologie est l’un de mes violons d’Ingres. Les mots ont une signification. Par exemple, on m’a parfois demandé pourquoi les terres du Sud s’appellent « Australie » au lieu d’inventer un nom ? Ainsi que tu le sais, ses autochtones lui donnent un autre nom. Mais les Ctasharres l’appellent « Australie » précisément parce qu’elle est située dans la zone australe par rapport à eux. Dans notre monde, l’Australie n’est pas appelée ainsi par les Aborigènes. Ils ne sont pas au sud d’eux-mêmes…

Les terres du Levant rassemblent plusieurs peuples. S’ils ont besoin d’une langue véhiculaire pour communiquer entre eux – le ctasharre –, ils entretiennent également des langues vernaculaires, propres à chacun.

Si j’aime les langues, je ne suis pas pour autant linguiste. J.R.R. Tolkien a fait un travail énorme en la matière pour Le Seigneur des anneaux. Je n’ai absolument pas cette envie et encore moins de telles compétences. Je n’ai eu besoin que de mots et de principes grammaticaux pour quelques phrases par-ci, par-là.

Dans ces cas-là, je choisis du vocabulaire de base, à partir de la musique d’un dialecte ou d’une langue qui me plaisent et qui présentent un dictionnaire en ligne… et je me sers éhontément dans ce patrimoine de l’humanité.

Ainsi, le venkorien est-il un mélange de latin, d’arabe, de breton et de mots inventés pour leur sonorité. Si tu prends « Vit ma hal », la devise de la Marche : « Vit » vient de « evit » (« pour » en breton), « ma » signifie « que » à la fois en breton et en arabe, « hal » est la déesse du Foyer, de la Vie et de l’Amour. Cela se traduit donc par « Pour que vive ».

Ensuite, il faut être un peu ordonné pour rester cohérent.

Rien de plus.

En effet. Dis comme ça, on dirait un jeu d’enfant.

On a souvent coutume de dire qu’il vaut mieux éviter d’insérer des notes, car elles interrompent la lecture. Cependant, quand on lit les tiennes, on se pose sérieusement la question du bien fondé de celle-ci. Comment t’est venue l’idée d’ajouter ces notes si… atypiques ?

C’est parce que je n’aime pas les notes de fin de livre : il faut remuer le bouquin dans tous les sens, ça m’agace.

J’ai une formation de juriste. Les juristes écrivent épouvantablement mal. Leurs phrases sont grammaticalement impeccables mais tellement alambiquées qu’il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour les comprendre. Je me souviens d’un passage de doctrine abominable : la majuscule était en haut de la page et le point tout en bas !

Et après, c’est auprès de nous qu’on vient se plaindre, quand une phrase fait plus de 3 lignes. X_X

D’autres, en revanche, pratiquaient la note de bas de page. Un soulagement que tu ne peux même pas imaginer. L’idée principale était là, claire et précise. Les références ou les détails plus ou moins utiles étaient renvoyés en notes pour ceux qui voulaient approfondir.

C’est le principe de la note de bas de page : il n’est pas obligatoire de la lire pour apprécier le texte. En plus, ces précisions accessoires peuvent casser le rythme du paragraphe, de la description, du combat, etc. Je préfère laisser le lecteur s’immerger dans l’histoire et en ressortir au moment où il le souhaite.

D’autant que j’avoue faire des notes parfois un peu décalées. Ça m’amuse. Généralement, ce sont des références qui me sont venues au moment où j’écrivais. Ces parenthèses sont dans l’esprit de « chroniques », c’est-à-dire un récit rédigé dans l’ordre chronologique, comme un historien qui rapporterait des faits connexes pour mieux situer l’époque. Un historien un peu facétieux, c’est vrai.

Au début, je me trouvais assez seul dans cette pratique. Je me posais d’ailleurs la question de supprimer ces notes puisqu’elles ne sont pas essentielles. Et puis, j’ai découvert Les annales du disque-monde, de Terry Pratchett. Il en met partout, toutes plus drôles les unes que les autres ! Il m’a définitivement décomplexé.

Comme le premier cycle est fini, comptes-tu souffler un peu avant d’entamer le second ? Quels sont tes projets pour la suite ?

J’ai entamé le 5e tome. Le plan est fait, le premier chapitre est écrit. J’ai très envie de m’y remettre, pour vous proposer la suite, peut-être sous forme de feuilleton wattpad. Ou alors sur mon site. Mais il faudrait déjà que je crée ce site. Sur Facebook, tout se perd rapidement, c’est ennuyeux.

Quant à mes projets… J’ai un personnage qui frappe à la porte depuis une petite année. Dans notre monde. Un post-apo dark fantasy qui commence à bouillonner.

J’ai aussi un roman d’anticipation dans mes tiroirs. Un livre que j’ai écrit il y a quelques années, alors que j’étais bien énervé par l’actualité. J’adore la fin. Elle est d’une très grande brutalité. Ceux qui ont lu mon projet l’ont soit adorée, soit détestée. Il n’y a pas de demi-mesure. Il faudrait cependant que je reprenne tout le milieu de l’histoire, que j’ai mal développé.

Néanmoins, ma priorité est de terminer les Chroniques des secondes heures de Tanglemhor. Il le faut bien, sinon tu ne connaîtras jamais la fin ! Et puis franchement, j’ai très hâte d’écrire le dernier tome. Pour moi, c’est le meilleur de tous. Très dark fantasy.

Et moi, j’ai hâte de découvrir la suite.

La plupart du temps, les jeunes auteurs passent par l’édition traditionnelle. Qu’est-ce qui a motivé ton choix pour l’auto-édition ?

À l’origine, j’ai toqué aux portes de l’édition traditionnelle, moi aussi. J’ai d’ailleurs eu un courriel très sympathique des éditions Mnémos, que je remercie encore pour leurs encouragements. À force de retours négatifs, je me suis un peu mieux renseigné. Ma saga a tous les défauts :

– L’auteur est un illustre inconnu, qui n’a participé à aucun concours ;

La saga est composée de plusieurs tomes (même pas une trilogie !). Lorsque les maisons d’édition se risquent à investir sur un nouvel auteur français, c’est bien souvent sur un one-shot. Les jeunes maisons sont plus aventureuses mais…

Chacun des volumes de la saga est plus épais que la limite imposée par la plupart des jeunes maisons d’édition ;

Les grandes maisons françaises préfèrent publier des valeurs sures, généralement anglo-saxonnes ou germaniques, qui sont déjà des succès à l’étranger.

Seulement voilà, mon histoire est comme ça et je n’ai pas envie de faire autre chose.

En 2018, j’ai découvert que l’on pouvait s’auto-publier sans se ruiner, grâce au concours des Plumes francophones. En plus de l’écriture, il a fallu que j’apprenne à mettre en page, à faire des couvertures, à mieux maîtriser l’outil informatique… Je ne te cache pas que ce n’est pas ma tasse de thé.

J’ai eu la surprise de recevoir un super accueil de la part du public. Même si mon livre n’a pas été lauréat, il s’est classé 1er/958 de la note moyenne des commentaires des lecteurs à l’issue du concours. C’était très encourageant pour moi !

En plus, j’ai eu le plaisir de pouvoir partager avec des chroniqueurs comme toi, qui m’aident à faire connaître mon travail et me font des retours très utiles pour améliorer le livre ou l’histoire. Je ne sais pas si j’aurais autant d’échange avec mes lecteurs si je n’étais pas auto-édité. De plus, je peux corriger autant que je veux. Outre les coquilles, je peux changer un mot par-ci, ajouter une précision par-là. Dans l’édition traditionnelle, je ne pourrais pas le faire. Et puis, je n’ai aucune pression, ce qui me convient très bien.

En ce moment, je suis à la recherche de moyens de proposer ma saga par d’autres biais qu’Amazon, afin que les gens puissent le commander en librairie par exemple. Encore du travail de mise en forme…

Cependant, ce qui me manque, c’est un véritable échange avec un éditeur, un retour de professionnel pour améliorer encore les Chroniques… Et puis, la visibilité apportée par une grande maison d’édition, c’est mieux pour faire connaître son travail. Tu as tout de suite accès à des salons, des prix, des revues, des référencements qui sont interdits aux auteurs auto-édités.

Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients.

Pour le moment, l’édition traditionnelle n’est pas encore intéressée. Cela viendra peut-être un jour, qui sait ?

Oui, seul l’avenir nous le dira. En attendant, profite bien de cette liberté et de tout ce qu’elle t’apporte.

Une petite dernière pour la route. Quel message ou conseil voudrais-tu transmettre à tous ceux qui rêvent d’être édités ou d’éditer leurs ouvrages ?

Amusez-vous. C’est l’essentiel.

Amusez-vous et osez. L’auto-édition vous apporte la liberté de publier sans engagement.

Alors écrivez, corrigez, recommencez jusqu’à ce que vous soyez satisfaits.

C’est en écrivant qu’on devient « écriveron » !

J’ai corrigé 14 fois L’Œuf de Tanglemhor. Ce n’est qu’à la 11e lecture que je me suis décidé à le réécrire complètement. Pour les premiers chapitres, sur le conseil d’un ami, je me suis inspiré de la technique de Georges R. R. Martin pour Game of Thrones : la dernière image du chapitre mène au suivant, qui mène au suivant, etc. J’ai aussi réorganisé tout le livre : la même intrigue, mais en changeant de point de vue, en réfléchissant au véritable personnage central. Alors que le roman s’ouvrait sur le monastère en ruines de Serpent de Lune, j’ai été surpris de constater que le cœur de l’histoire tournait autour d’Oriana. Et pourtant, je le savais ! Sot que je suis… Si j’avais compris cela plus tôt, j’aurais gagné du temps et des efforts.

Alors n’hésitez pas. Recommencez. Jetez ces beaux chapitres et ces magnifiques paragraphes qui nuisent à votre suspense. Réfléchissez aux actions de vos personnages. Et si ça ne va pas, même si c’est super chouette, recommencez.

Bâtissez des plans. Les plans sont des guides qui vous permettent de ne rien oublier de votre intrigue. Vous savez cependant que les personnages sont vivants, et qu’ils peuvent vous surprendre. Mharnör est un grand spécialiste en la matière. Dans ce cas, on peut faire évoluer le plan pour s’amuser, tant que la trame reste bien cadrée.

Relisez-vous. Faites-vous relire par des proches au regard critique. Ceux qui vous disent tout de suite que c’est bien vous encouragent, mais ils ne vous aident pas à progresser. Recherchez plutôt ceux qui n’hésiteront pas à partager leur sentiment sincère, à vous poser des questions sur les points à éclaircir.

Enfin, utilisez un logiciel de traitement de texte à jour. Il soulignera la plupart de vos fautes. Vous gagnerez du temps et serez plus crédibles lorsque vous proposerez votre travail. Vous pouvez avoir la meilleure histoire du siècle, si elle est truffée de fautes, elle ne sera pas lue.

Surtout, faites-vous plaisir pendant que vous écrivez. N’oubliez que vous êtes votre premier lecteur !

Merci beaucoup Azaël. Je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite.

Ne t’en fais pas pour ton addiction à la fantasy ni pour ton esprit habité par tes personnages. Avec mon regard aiguisé de non-psychologue (même si j’ai réellement étudié la psychologie), je te déclare apte à nous émerveiller comme à nous faire frémir. Que cela soit dans l’univers de Tanglemhor ou ceux qui sont, pour l’heure, confinés dans tes tiroirs.

Merci à toi, Léona ! Ton enthousiasme depuis le début de cette aventure m’a aidé à faire de mon mieux.

De rien, Azaël. C’est un réel plaisir.

Une réflexion sur “La parole à… Azaël Jhelil

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