[Thriller conspirationniste] Concrete Underground par Moxie Mezcal

Concrete Underground

Bonjour à tous,

Au rayon des thrillers, on ne compte plus les titres abordant le détournement du jeu à la sauce macabre et/ou mortelle, la folie ou encore l’absence de dissociation entre réalité et fiction. Si celui-ci ne fait pas exception, il se distingue des autres par la façon dont il les traite.

Publié en 2010, Concrete Underground est le second roman de Moxie Mezcal, une auteure américaine autoéditée et très engagée dans ce qu’elle appelle la guerrila fiction.

Pour quels lecteurs ?

– Niveau : requiert un bon niveau en anglais général et en slang

– Adultes : contient des scènes explicites, susceptibles de heurter certaines sensibilités

– Fans de thrillers et ses sous-genres

L’intrigue

An idealistic journalist sets out to expose corruption among the city’s elite and soon finds himself immersed in a conspiracy of murder, blackmail, espionage, and human trafficking. Pitted against the enigmatic CEO of one of the world’s largest tech companies, he must play a deadly game that threatens to unearth its players’ darkest secrets. CONCRETE UNDERGROUND is postmodern pulp fiction – a gritty, labyrinthine murder mystery about identity and alienation in the digital age.

Un journaliste idéaliste entreprend d’exposer la corruption parmi les élites de la ville et se retrouve vite immergé au cœur d’une conspiration faite de meurtres, chantage, espionnage et trafic d’êtres humains. Confronté à l’énigmatique PDG de la plus grosse entreprise technologique du monde, il doit jouer à un jeu mortel, qui menace d’exhumer les plus sombres secrets des joueurs.

CONCRETE UNDERGROUND est un roman de gare postmoderne, un polar labyrinthique et sans concessions sur l’identité et l’aliénation à l’ère du numérique.

Mon avis

Globalement bien écrit et doté d’un style fluide, ce roman se lit assez vite. Dès le départ, son intrigue de type « enquête journalistique », crée un climat propice à la suspicion et au doute, renforcé par les découvertes successives. Les multiples péripéties et retournements de situation parachève un suspense et une tension constante. Sa structure enchâssée oscillant entre mystère et réalité renforce le sentiment de progresser à tâtons, comme en eau trouble. Les descriptions sont suffisamment imagées pour permettre une représentation optimale des décors, actions et personnages.

Le tout sur fond de crise identitaire à l’ère du numérique. La déshumanisation du rapport à l’autre, l’extinction de la vie privée au profit d’une technologie toujours plus omniprésente… Tout y passe.

« L’ère de la surveillance est le seul symptôme du nouvel hyper-narcissisme qui a infecté les tunnels de notre réalité collective. Nous invitons les caméras de surveillance chez nous parce qu’elles sont la preuve que quelqu’un nous accorde de l’attention. »

Assez nombreux, les personnages nous sont présentés au compte et sont dotés de signes distinctifs qui aident à les intérioriser (tatouages, cicatrice, couleur de cheveux particulière…). Très bien travaillés, ils se révèlent très attachants et surtout d’un réalisme à couper le souffle.

Ce roman se distingue surtout par son recours à l’écriture symbolique. Construit comme un puzzle, l’auteure en égraine les pièces au fil des chapitres. Si les clés majeures nous sont données à travers les révélations successives, c’est au lecteur de mettre en lumière les zones d’ombre restantes. Et pour ce faire, l’analyse des thèmes vous sera d’une aide redoutable.

Concrete Underground s’articule autour de deux grands thèmes enchevêtrés : le théâtre et la mythologie.

Pseudos, références à une œuvre littéraire, quand il ne s’agit pas celui d’un personnage de la commedia dell’arte, les personnages donnent l’impression de jouer un rôle, comme un double jeu, une mascarade permanente. Ainsi, on retrouve pêle-mêle D, Violet, Colombine ou encore Saint Anthony. Un sentiment renforcé par la pièce de théâtre jouée à quelques chapitres de la fin où chacun joue son propre rôle.

Viennent ensuite les costumes. Le bal masqué est une opportunité en or pour explorer ce registre. À cette occasion, D camoufle son visage derrière un masque d’Harlequin, Anthony se grime en Minotaure et Dylan Maxwell joue les travestis.

Ajoutons y la division du récit en 5 livres, comme les 5 actes d’une pièce. On s’y croirait.

En matière de mythologie, ce roman fait la part belle au mythe du Minotaure. En effet, les mentions relatives au labyrinthe sont nombreuses. Que ce soit une fête nommée Labyrinthine, le prénom du protagoniste (D pour Dedalus) ou encore la configuration tortueuse du sous-sol d’Asterion, tout y ramène. Par ailleurs, comme D fait référence à Dédale – le constructeur du labyrinthe – il fait figure de constructeur, de créateur voire même… de dramaturge.

Le fil d’Arianne est également présent, ou plutôt la Clé d’Ariadne. Cet objet, contenant des renseignements capitaux, constitue un anti-Fil d’Arianne tant ses révélations ne mènent pas vers la vérité (et donc la sortie du labyrinthe), mais contribue à enfoncer d’avantage les personnages dans le mensonge. De ce fait, sa gardienne, Lily, devient une anti-Arianne, car elle n’arrive pas à protéger l’objet et à éviter les informations de fuiter.

Quant à Anthony, en tant que tueur à gage, il campe un Minotaure de choix.

De manière générale, tous les personnages sont des illustrations perverties de ce qu’ils représentent.

« Si nous n’avons pas la volonté de détruire la beauté que nous avons créé, alors nous en deviendrons esclave. »

Un roman qui a tout pour lui, donc. Seul bémol, les nombreuses coquilles sous forme répétitions de mots. Cela casse le rythme de lecture, dommage.

Le Verdict

Concrete Underground reste un excellent thriller qui tire sur le techno-thriller. L’intrigue happe le lecteur dès les premières pages et ne le lâche plus avant la toute dernière ligne. Entre les retournements de situation, les révélations et les nouveaux mystères, il se révèle complètement addictif. D’ailleurs, si le récit aide à percer les principales énigmes, quelques zones d’ombre restent en suspens tant Moxie Mezcal excelle dans l’art de cacher des détails, à première vue anodins, dans la narration. Cependant, dans une annexe, elle nous révèle quelques pistes supplémentaires à approfondir, ce qui donne sérieusement envie de le relire, histoire d’y faire plus attention et de mettre à la bonne place les dernières pièces du puzzle.

« [Les romans policiers] essayaient toujours de vous duper. Ils vous propulsent délibérément dans des intrigues superflues, juste pour vous embrouiller et vous égarer, tout en vous cachant des informations importantes jusqu’au dernier chapitre, en usant de vagues et trompeuses descriptions pour que vous empêcher de remarquer quelque chose qui devrait se voir comme le nez au milieu de la figure. […] Et c’est toujours trop arrangeant la façon dont les choses se concluent de manière propre et nette. […] La vie n’est pas comme ça. »

En bref, un livre à lire avec les deux ouverts et l’esprit vif. Personnellement, c’est la première fois depuis Intérieur Nuit de Marisha Pessl, que je lis un thriller avec un tel niveau d’écriture symbolique, un pur régal. Il donne envie de découvrir les autres œuvres de l’auteure et ça tombe plutôt bien, puisqu’un second titre vient compléter l’univers de Concrete Underground : Making Dylan Maxwell. De quoi prolonger le plaisir.

Si comme moi, Concrete Underground vous a donné envie de découvrir, voire de suivre Moxie Mezcal, rendez-vous sur son blog

Suivez le lien pour vous procurer ce livre.

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