HS 5 : Les origines du Docteur Faust

Bonjour à tous,

Si je vous dis Faust, le premier nom qui vous viendra à l’esprit sera sans doute Goethe. Et si je vous disais que son véritable auteur se trouvait plus près de nous. Qui était Faust ? Quels sont les secrets de fabrication du mythe ? Je vous dévoile tout dans ce nouveau Hors-Série !

Une légende vivante ?

La légende du Dr Faust est née à Rod. Sa vie se trouve retracée dans un volksbuch (un livre de folklore populaire allemand) dont le plus vieux date de 1587. Cette biographie est signée par le disciple du docteur, Wagner.

Cependant, selon la thèse d’Ernest Faligan serait un personnage historique. Né en 1488 Georg Sabel (Sabellicus en latin) adopta progressivement le surnom de Faust Junior, puis Iohann Faust. Issu de famille médiocre, il mena une existence d’étudiant ambulant.

Ainsi, selon la légende, le Dr Faust aurait étudié la magie à Cracovie et la théologie à Wittemberg. Ses études lui conférèrent – ou il se l’octroya lui-même, les experts ne sont pas toujours d’accord à ce propos tant il était facile de se créer un titre à cette époque – le statut de Docteur avant d’enseigner à l’université d’Ingolstadt. Ses cours portaient sur Homère et il se vanta de pratiquer la magie et d’être en capacité d’évoquer les héros homériques, provoquant lui-même sa chute.

Comme vous le voyez, ce récit primitif ressemble assez peu au mythe que l’on connaît. Ceci tient à une chose : le contexte historique de l’époque marqué par le Réforme luthérienne.

Ainsi, le volksbuch se borne à refléter l’antagonisme qui existait entre l’idéal païen des hommes de la Renaissance et le christianisme mystique du protestantisme allemand.

Ceci fait donc du personnage de Faust un humaniste rationaliste et un chrétien douteux.

Le type Faustien

Le personnage du Docteur Faust correspond à trois grands archétypes :

Le plus ancien date de l’antiquité, celui du magicien. En effet, le christianisme primitif puise sa source dans les traditions orientales et juives, largement empruntes de l’incessante guerre des Démons contre le Divin. Le catholicisme dépeint un monde déchu et mauvais à la tête duquel Satan entraîne l’Homme à sa perte. Ajoutons les croyances ésotériques selon lesquelles les bons et mauvais esprits peuvent être évoqués au cours de cérémonies magiques. Or, selon les moyens employés, le type de magie utilisée (noire ou blanche), la pratique de la magie peut être (ou non) considérée comme un art maudit. Par sa propension à signer le pacte de Méphisto et à évoquer les esprits infernaux, Faust devient, malgré lui, un magicien maudit.

Son train de vie particulier pour l’époque fait de lui l’archétype du parfait spéculateur. Complètement différents de ceux que nous connaissons aujourd’hui, les spéculateurs étaient des aventuriers. Souvent universitaires, ces personnes à la fois admirées et craintes étaient davantage perçues comme pittoresques et curieuses que supérieures. Ces derniers traits leur valaient le nom de charlatan ou d’illuminé.

Le dernier est sans conteste le plus récent, le libertin de pensée. Ce courant littéraire, né au XVIIème siècle en Italie, remet en question les religions et leur préfère la raison et les sciences. Ainsi, victime de sa curiosité intellectuelle, Faust s’écarte de la foi et se précipite avec passion à la poursuite du savoir.

faust - peinture

Un mythe allemand… et anglais

Si la légende de Faust a vu le jour en Allemagne à travers une série de volksbuchs et des puppenspiels (spectacles populaires de marionettes), c’est en Angleterre que né sa première adaptation dramatique. Même si de nombreux mystères* entourent encore son Doctor Faustus et qu’il est toujours difficile de lui reconnaître la paternité** intégrale du texte inachevé, c’est Marlowe qui introduit le mythe auprès de la société Britannique.

Bien que l’on ne connaisse pas ses sources d’inspiration, on comprend à la lecture des deux biographies (celles de Marlowe et du Faust de la légende) l’engouement Britannique pour ce mythe. Sa tragi-comédie met en scène un homme qui, poussé par une soif démesurée de savoir, de jouissance charnelle et surtout une volonté de puissance effrénée, gâche son unique chance de salut. Ce faisant, il attire une sympathie indéniable envers le protagoniste le plus immoral de son temps.

Malgré des scènes puissantes au cours desquelles le spectateur assiste aux conflits intérieurs de Faust, celles de bouffonnerie, parfois en totale contradiction avec la ligne du récit tendent à le discréditer.***

Ses (nombreuses) adaptations en littérature

Intemporel et populaire, le mythe de Faust a toujours suscité l’engouement des auteurs et des lecteurs. Petit listing, non-exhaustif à travers les époques :

1594 : La Tragique Histoire du Docteur Faust par Marlowe

1790 : Faust, ein Fragment par Johann Wolfgang von Goethe

1831 : La Peau de Chagrin par Honoré de Balzac

1951 : Le Trou de l’Enfer par Alexandre Dumas père

1952 : Dieu dispose par Alexandre Dumas père

1891 : Le Portrait de Dorian Gray par Oscar Wilde

1925 : La Mort du Docteur Faust par Michel de Ghelderode

1926 : Jazz par Marcel Pagnol

1945-1946 : Mon Faust par Paul Valéry

1977 : Faust au village par Jean Giono

1947-1950 : Doktor Faustus par Thomas Mann

1990 : Eric, Faust par Terry Prachett

1988 : Néo Faust par Osamu Tezuka

2014 : Frau Faust, manga de Kore Yamazaki

Conclusion

Né du folklore populaire, le personnage du Docteur Faust s’est, au fil des âges, frayé un chemin depuis les planches, dans les poèmes, puis dans les romans de tous genres pour aujourd’hui s’étaler dans les cases des mangas.

Devenu un mythe intemporel et universel, il a conquis le monde entier et rayonnera encore pendant des générations. Un mythe aux antipodes de tous les autres, car il puise sa force dans son humanité. En effet, l’histoire du Docteur Faust, c’est avant tout l’histoire d’un homme ordinaire, pas d’un héros.

* : Il est toujours impossible d’identifier précisément les dates d’écriture du Dr Faustus. Des chercheurs disent qu’il a été écrit entre 1588 et 1589 quand d’autres avancent des dates antérieures ou postérieures. De même, on ne connaît pas avec certitudes le nombre et l’identité des collaborateurs. La seule chose que l’on puisse établir, est que le manuscrit original est un bouillon inachevé comportant XVII scènes. Les apparitions régulières du chœur permettent l’émergence d’un schéma actanciel inégal.

** : À cette époque, les collaborations entre auteurs étaient assez fréquentes. On sait que Shakespeare a aidé son maître (Marlowe) à écrire certaines de ses pièces et qu’il s’en est inspiré a posteriori pour certains de ses chefs d’œuvres.

*** : Ces scènes font l’objet d’un intérêt tout particulier, car elles ne reflètent ni Marlowe ni sa manière d’écrire.

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