[Roman historique] Une constellation de phénomènes vitaux par Anthony Marra

Constellation de phénomènes vitaux

Bonjour à tous,

Les récits historiques nous aident à appréhender des événements tragiques sous un angle différent. Lors des grands conflits, les reporters de guerre nous dépeignent la réalité sans filtre et à chaud au contact des opprimés.

À l’instar d’Anthony Marra, les auteurs choisissent de prendre du recul, de laisser le temps faire son œuvre pour nous raconter, après-coup des tranches de vie surprenantes où des victimes des deux camps affrontent ensemble une guerre qui les dépasse.

Pour son premier roman, Anthony Marra s’est inspiré de son expérience en Europe de l’Est et nous démontre une fois de plus que la solidarité ne naît pas toujours là où on s’y attend. Publié en France en 2014 aux Éditions JC Lattès, Une constellation de phénomène vitaux ne vous laissera pas indifférent.

Pour quels lecteurs ?

– Adultes

– Amateurs comme inconditionnels de romans historiques

– Auteurs souhaitant écrire un roman non-chronologique

 

Dans un village reculé de Tchétchénie, Havaa, une fillette de huit ans, cachée en pleine nuit dans les bois, voit les soldats Russes emmener son père à la Décharge. Akhmed, un voisin et ami de famille, devient son parent de substitution. Persuadé que les soldats reviendront, Akhmed décide d’emmener Havaa dans un hôpital abandonné, où ne reste que Sonja, une chirurgienne russe. Ils passent un accord : Havaa peut rester à condition que lui travaille.

Au cours de cinq jours extraordinaires, le monde de Sonja, d’Akhmed et de Havaa va basculer, créant un puissant lien entre eux.

Pour quelles raisons les Russes en ont-ils après Havaa ?

Où est Natasha, la sœur de Sonja ?

Avant d’entamer votre lecture, vous tomberez sur une frise chronologique. Étant donné la complexité du scénario et son agencement non chronologique, je vous invite à y insérer un marque-page, histoire de vous y référer de temps à autre pour éviter de perdre le fil.

En effet, on pourrait s’attendre à un récit daté (au début ou en cours de chapitre), mais il n’en est rien. Seul le contexte et le déroulé des événements vous permettra de re-situer chaque passage dans la chronologie (d’où l’aide de la frise).

Si ce procédé ajoute en complexité, force et de constater qu’il augmente également le suspense. De cette manière, il contribue à faire apparaître ce livre comme un puzzle, ludique.

La conjugaison vous apportera une aide supplémentaire : Anthony Marra utilise le passé simple en guise de temps de narration général et le futur pour évoquer l’avenir des personnages individuellement.

Au fil des pages, on remarque qu’une variété de leitmotivs sont égrainés à la manière des cailloux blancs du Petit Poussé. Chaque personnage possède le ou les siens et ils constituent une première étape dans notre attachement à eux.

Ainsi, Sonja se réfère souvent à sa valise Samsonite et au casse-noix qu’elle garde précieusement. Des souvenirs aussi précieux que dérisoires.

Au milieu des décombres d’une ville presque fantôme, les ravages de la drogue s’élèvent à la fois comme une échappatoire et une prison.

Ces leitmotivs, créent un contraste saisissant entre la nostalgie des souvenirs et la réalité dans toute son horreur.

En parallèle, l’auteur développe trois thèmes majeurs :

Le plus courant est sans conteste la notion de vacuité ou de néant. Étroitement liés à la guerre et les changements de régime, on les retrouve à travers la perte matérielle, la disparition ou encore la mort.

Le combat entre information et désinformation, voire censure, évolue aux côtés du premier thème. Il mine à la fois les sphères familiales (à travers les non-dits), politiques et littéraires. Comme une volonté d’occulter ces événements aux yeux extérieurs pour mieux les poursuivre, en vase clos.

Les nouvelles arrivaient en troisième, quatrième ou cinquième main. Les faits se mêlaient aux ragots, et on croyait à tout. Et puisqu’on croyait à tout, tout était vrai.

Face à ces deux thématiques pessimistes, la transmission fait figure de rébellion non-violente. Au-delà des modiques lègues matériels, on y retrouve les transmissions orales comme écrites. D’ailleurs, le but de ce roman se résume à entrelacer des tranches de vie pour enrichir l’Histoire aseptisée des manuels.

Le Verdict

Vie : une constellation de phénomènes vitaux – organisation, irritabilité, mouvement, croissance, reproduction, adoption.

Entre devoir de mémoire et volonté de remise en question, Anthony Marra dépeint la vie de cette période dans toute sa disparité. 5 longs jours qui synthétisent à eux seuls la vie de chacun, ponctués d’heures sombres et d’espoirs de renouveau.

En ces temps difficiles, quand la survie individuelle prime sur le reste, on assiste à une égalité homme-femme qui transcende les modèles traditionnels et les cultures.

Plus qu’un primo roman, ce livre est un véritable chef d’œuvre très bien documenté et mené d’une main de maître. En bonus, vous découvrirez les coulisses de la création, avec de nombreuses références à l’appui. De quoi poursuivre le plaisir inspiré par la lecture.

coupdecoeur

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