[Roman noir / Espionnage] Le Masque d’Eurydice par Patrick Ferrer

Le masque d'Eurydice

Bonjour à tous,

Aujourd’hui s’achève la semaine spéciale par l’inauguration de deux catégories de la bibli’ : roman noir et espionnage. En effet, Le Masque d’Eurydice s’inscrit dans ces deux genres.

Paru en 2016 en autoédition, ce roman à plusieurs facettes est né de la plume de Patrick Ferrer, un auteur prolifique qui n’a pas fini de faire parler de lui. D’ailleurs, je tiens à le remercier de m’avoir confié ce SP.

Pour quels lecteurs ?

– Adultes (Certaines scènes explicites sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes)

– Inconditionnels de romans noir, d’espionnage et autres thrillers conspirationnistes

– Auteurs porteurs de projets ambitieux appartenant à l’un de ces genres

« De l’une à l’autre des rives du Léthé, l’Enfer ne relâche pas si aisément ses proies. »
Chapelle est une brute sans mémoire. Un homme au passé violemment arraché par la balle logée dans sa tête. Jour après jour, il travaille la pierre pour en tirer des sculptures qui iront orner les tombes des cimetières environnants, témoins de souvenirs qui ne sont pas les siens. J’avais toujours l’impression qu’il cherchait à retrouver, à travers la pierre, un visage, une présence autrefois familière. Comme s’il essayait de lui redonner vie.
Aussi, quand deux barbouzes sont venus le cuisiner au sujet de son ex-épouse, disparue sans laisser de traces, il y a des années, j’ai compris que je risquais de le perdre. Pour un fantôme, une femme dont il niait jusqu’à l’existence.
Nous formions un couple étrange, lui et moi, et je savais que l’équilibre était précaire. Un jour, peut-être, si le vent soufflait trop fort, il m’oublierait aussi. Ou peut-être allais-je disparaître à mon tour, comme la précédente, plonger avec lui dans le fleuve de l’oubli et ne jamais en revenir. Mais j’étais prête à prendre ce risque, à remuer les souvenirs enfouis pour les ramener à la lumière. Quelles qu’en soient les conséquences.
Qu’auriez-vous fait à ma place ?

Ce roman m’a frappé dès ses premières pages, par son entrée en matière, un peu singulière :

Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde

Tigre adoré, monstre aux airs indolents

Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants

Dans l’épaisseur de ta crinière lourde

Dans tes jupons remplis de ton parfum

Ensevelir ma tête endolorie

Et respirer, comme une fleur flétrie

Le doux relent de mon amour défunt

Je veux dormir ! Dormir plutôt que vivre

Dans un sommeil aussi doux que la mort

J’étalerai mes baisers sans remords

Sur ton beau corps poli comme le cuivre

Pour engloutir mes sanglots apaisés

Rien ne me vaut l’abîme de ta couche

L’oubli puissant habite sur ta bouche

Et le Léthé coule dans tes baisers

Si les inconditionnels de classiques poétiques reconnaîtront Le Léthé de Charles Baudelaire, sachez que la présence de ces vers ne se limite pas au simple clin d’œil, il s’agit de la table des matières. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur sait les faire vivre et leur donner un sens au sein de son œuvre.

Le roman s’articule autour de sa focalisation. Externe omniscient, outre le fait de semer des indices au compte-goutte, il suit tour à tour les deux protagonistes, retraçant leur histoire respective en quinconce de manière non-chronologique.

Ainsi, Le Masque d’Eurydice se mue en un véritable puzzle truffé de cliff hangers, mais pas seulement puisque les inévitables fausses pistes, péripéties et retournement de situation sont aussi de la partie. Résultat, un suspense haletant pour une lecture complètement addictive. Personnellement, je l’ai presque lu d’un trait.

Pour une fois, dégager des thématiques claires et précises a été un réel tour de force tant elles sont imbriquées et se nourrissent les unes des autres :

Visibles dès le titre, les religions s’immiscent çà et là. Si le personnage de Chapelle et son métier font écho au christianisme, les références au mythe d’Orphée (entre autres) rappellent le polythéisme gréco-romain. Ce thème offre un ancrage propice au développement de deux autres.

Le travail de la pierre donne à réfléchir sur la création artistique. À travers elle, l’auteur dissémine, en filigrane, des conseils aux futures générations. Voyez plutôt.

Les artistes sont les maîtres du silence. De la toile blanche. Il faut un écran totalement vierge pour invoquer ces images, ces formes et ces sons qui transcenderont le quotidien. Pour transporter le spectateur loin des interférences qui l’empêchent de voir ce qui est véritablement là. En lui. – Chapelle.

À l’image de ces thèmes, le roman possède un fort ancrage dans le passé. Dès lors, les chapitres retracent les souvenirs des protagonistes. Une mémoire à la frontière du réel où les souvenirs flirtent avec des illusions.

La mémoire… c’est une drôle de chose. On croit que les souvenirs sont figés mais, en fait, ils ne cessent d’évoluer, de se transformer. Dans pans entiers disparaissent et d’autres viennent prendre leur place au gré du temps. C’est… une chose vivante, un jeu perpétuel de miroirs déformants où réalité et illusions se mêlent, comme si nous étions sans cesse en train de réinventer notre passé. – Chapelle.

Le Verdict

Un chef d’œuvre au réalisme époustouflant. On ne peut que saluer la maîtrise du monde de l’espionnage.

Malgré quelques coquilles résiduelles, Patrick Ferrer nous offre une intrigue ambitieuse, très bien menée et jalonnée de personnages réalistes à souhait.

Cerise sur le feuilleté, ce roman révèle successivement ses différentes couches de lecture. Un niveau d’écriture symbolique comme j’en vois rarement dans l’autoédition. Autant de points forts qui en font un petit bijou de précision incomparable.Un grand merci à l’auteur, que je suivrai avec plaisir, pour son travail.

On se quitte avec une dernière citation. Je vous retrouve très bientôt pour d’autres trouvailles.

Les souvenirs, ça peut être dangereux. Ils sont là à t’observer, au coin de ton regard, tu peux sentir leur présence mais tu ne peux pas tourner la tête vers eux. Sans doute de peur qu’ils ne t’engloutissent. – Chapelle.

coup de coeur 18+

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