La parole à… Christophe Kayser

Kayser

Bonjour Christophe, je te remercie d’avoir accepté ma demande d’interview. J’espère que tu n’as rien contre le tutoiement, car c’est un usage ici.

Avant de te harceler de questions, je vais présenter Freaks aux lecteurs.

Anna est une artiste-peintre, dont le talent la prédispose à une prestigieuse carrière. Sa vie est entièrement vouée à l’art graphique, au grand désarroi de son compagnon. Ce dernier, étouffé durant trop d’années par une relation à sens unique, décide de se réorienter vers sa passion première. Cette trahison fera basculer la jeune femme dans une dimension dont elle ne soupçonnait pas l’existence… Nous ne sommes jamais complètement seuls dans notre tête, d’ailleurs, ce qui s’y trouve recèle de choses effrayantes qu’on ne comprend pas… Mais quelle sorte d’univers s’efforce d’intimider et de mettre en danger la vie d’une artiste à l’esprit déjà si fantasque ?

Au point de la perdre dans les méandres de son esprit confus et dépassé par les événements…

Sorti le 29 janvier 2016 en auto-édition.

Pour commencer, voici la question qui nous suit tout au long de notre vie : Pourrais-tu te présenter ?

Je peux, oui, en variant la réponse tout au long de ma vie 🙂 Je m’appelle Christophe KAYSER, j’ai débarqué en 1987 et je n’ai cessé d’être dans la lune depuis… ou bien les étoiles ?… en tout cas, pas complètement présent sur cette Terre. J’ai exercé l’activité d’artiste-peintre pendant quelques années, mais j’y ai mis un terme il y a 4 ans, pour pleins de raisons, dont celle du plaisir qui s’était fait la malle avec le temps. Je dessine depuis qu’on m’a mis une feuille de papier et un crayon dans les mains. Je n’ai jamais vraiment suivi de cours de dessin, dès qu’on me dit comment il faut procéder techniquement, j’ai l’impression de perdre mes moyens. Il y a eu quelques rencontres d’autres artistes-peintres très formatrices, mais le reste s’est fait à l’intuition et les divers projets artistiques (illustrations, fresques, portraits, etc,…) se sont fait grâce au bouche à oreille. Je suis aussi un passionné de cinéma, pour tout ce que cet art représente comme possibilité d’expression.

Tu viens du monde pictural et apparemment, la lecture n’est pas vraiment ton fort. Raconte-nous comment et pourquoi tu en es venu à écrire.

L’écriture s’est imposée à moi à force de faire tout un tas de rêves et de cauchemars. J’en ai toujours fait énormément et j’avais la chance de très bien m’en souvenir, mais je ne prenais jamais la peine de les écrire ou de les dessiner concrètement. Gamin, je caressais toujours l’infime espoir d’écrire une grande histoire un jour, mais la confiance que j’avais en moi à cette époque-là était quasi-inexistante et le dessin prenait déjà une place très importante. « L’écriture ? Laisse tomber, pour ça, je suis nul ! ». En mars 2014, j’ai fait un cauchemar qui (encore à l’heure actuelle) m’a procuré la plus belle frayeur de toute ma vie. Je ne pouvais pas ne pas l’écrire après coup. Le chapitre 2 et le personnage principal de FREAKS venaient de naître tout naturellement et sans que j’en prenne conscience. Un matin d’avril 2015 (le 14), je me suis réveillé après un énième rêve et avec l’évidence qu’il fallait en tirer un roman (à noter que la veille, je me sentais incapable d’écrire quoi que ce soit). Chaque rêve était la pièce d’un puzzle et les mots me permettaient de recoller les morceaux. Quinze jours de recherches plus tard, la structure était faite. Un mois plus tard, j’avais compris que le dessin s’inviterait à chaque chapitre. Et au bout de cinq mois, l’histoire était écrite, accompagnée d’illustrations que j’avais réalisées plus de trois ans auparavant pour certaines. Comme quoi, cette histoire trottait dans ma tête à mon insu depuis bien longtemps. Je n’ai recommencé à lire qu’après avoir fini cette écriture, cela faisait depuis le lycée que je ne m’étais plus plongé dans un bouquin. Très vite, d’autres histoires me sont venu en tête et j’ai commencé à travaillé mon écriture, tout en variant mes prochaines lectures. Je ne considère pas l’écriture comme le moyen d’expression dans lequel je me retrouve le mieux, elle fait, elle aussi, partie d’un puzzle qui n’a pas encore toutes les pièces en sa possession.

Dans Freaks on assiste à la création d’un lien étrange, presque psychotique, entre la réalité et le flux créatif. Pourquoi ce renversement d’intrigue proche de la folie et à la limite du paranormal ?

Ce revirement, je le voulais dès le départ. D’une part, parce qu’il constituait l’essence même de mes rêves et en particulier de certains cauchemars. Mais aussi en raison de mes influences, plus cinématographiques que littéraires pour le coup à cette époque-là. Notamment des films comme Black Swan ou L’échelle de Jacob et Possession avec Isabelle Adjani, que j’ai découvert par la suite. Mais il y en a encore pleins d’autres. À chaque fois que je regarde, lis ou écoute une œuvre, je me pose toujours les mêmes questions : Comment, moi, j’aurais fait ? Y avait-il moyen de faire mieux ? Je n’avais pas forcément envie de pousser la folie un peu plus loin, plutôt de la percevoir sous un autre angle. L’angle qui se présentait à moi, à chaque fois que je réalisais moi-même un tableau, avec cette simple question : Et si ce que je suis en train de peindre existait réellement ailleurs que dans ma tête ? De là, l’histoire s’est écrite toute seule, avec tous ses personnages et les divers thèmes qui en découlaient. Il était très important pour moi que cette histoire brasse plusieurs genres. Les œuvres que j’admire le plus ont cette particularité d’être capable de partir dans toutes les directions, c’est le propre de la folie. Et même si je comprends que ça puisse peut-être dérouter certains, j’en ai besoin pour pouvoir m’exprimer avec honnêteté et enrichir le résultat final. C’est une histoire qui est bardée de symboles. Rien de ce qu’elle contient n’a été choisi au hasard. Les mots, la structure, les situations, les chapitres, les illustrations… Ils cachent quelque chose qu’il est impossible de saisir entièrement à la première lecture (par exemple, l’illustration du chapitre 1 révèle le nœud de toute l’histoire, mais on ne le devine qu’à la fin et le dessin est en partie abstrait, donc libre à l’interprétation de chacun). C’est inconscient et peut-être dû à ma passion pour les articles et vidéos d’analyse de récits.

Il y a quelques similitude entre Anna et toi, est-ce tout à fait inconscient, ou ta « marque de fabrique » ?

Tout à fait inconscient ! Ce personnage s’est imposé à moi… tout comme l’écriture. Elle n’est venue me voir qu’à deux reprises, mais ça a suffit pour la comprendre. Une fois dans un cauchemar et une deuxième fois en murmurant à mon oreille (non, je ne suis pas fou !). Si elle me ressemble, c’est qu’elle a peut-être trouvé dans mon inconscient ce qu’il fallait pour la comprendre. Je n’ai vraiment pas le sentiment de projeter sur elle une part de moi, ou bien de créer une meilleure version de moi-même à travers ce personnage. Elle pense peut-être qu’en écrivant sur elle, je parviendrais sans doute à mieux me comprendre moi-même. Mais ça, c’est le propre de toute personne qui crée. On se cherche à travers ses créations et dans tout ce qu’on tente d’expérimenter dans la vie. Il y a d’autres personnages dans cette histoire qui me ressemble aussi, mais Anna reste la plus proche, parce qu’à l’initiative de tout. Elle est le catalyseur. Celle qui me guide. Le fait qu’elle soit une femme crée une opposition avec moi et qui m’amène à me dépasser pour développer son histoire et sa psychologie. On se ressemble, mais on n’a pas vécu les mêmes choses. Moi en tant qu’homme et elle en tant que femme. Elle apprend de moi en même temps que j’apprends d’elle. (oui, écrire s’apparente à de la schizophrénie, mais de la schizophrénie saine). Elle a également les traits de caractère et physiques de certaines personnes de mon entourage ou qui ont pu croiser mon chemin, ainsi que de quelques célébrités (j’ai compris mon personnage en observant le visage de l’actrice Rooney Mara, par exemple). Mais il y a pleins d’autres influences et références dans ce personnage. En bref, elle est présente en chacun de nous, sous diverses formes. C’est pour cette raison que les illustrations d’elle ne sont jamais totalement similaires. Il y a une base qui la représente, mais toujours accompagnée d’un détail qui diffère.

Freaks est le premier tome d’une série. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui… et il y aurait beaucoup à dire, mais je vais essayer d’être bref. Cette histoire devait au départ n’être qu’une nouvelle, puis elle a finit en roman. En écrivant la moitié, j’avais compris qu’une saga se profilait, avec l’opportunité d’exprimer tout ce dont je rêvais étant gamin. Je me suis concentré dessus et j’y ai incorporé toutes les autres histoires que j’avais en tête, pour former ce qui est maintenant bien partie pour être le projet d’une vie. J’ai eu plus d’une cinquantaine de visions, rêves, songes et cauchemars depuis. En faisant mes recherches pour les suites (… et j’y ai découvert des choses extraordinaires), je me suis rendu compte que l’art roman était en filigrane de ce premier volume (j’ai partagé une définition de l’art roman sur mes comptes Facebook et Instagram). J’avais déjà structuré les volumes 2 et 3 à ce moment-là et l’art gothique, ainsi que la renaissance semblaient, eux aussi, respectivement les incarner. (une autre trilogie va suivre, mais il est encore trop tôt pour dévoiler sa direction). Le squelette entier de la saga est terminé et un tiers de sa chair est écrite. Je suis en train d’écrire les volumes 2 et 3 en même temps, par souci de cohérence. Chaque volume aura sa personnalité propre, avec son univers et ses propres enjeux, de telle sorte qu’une personne qui n’aurait pas lu le premier roman, ne soit pas dérouté en lisant les suivants. Le but étant de pouvoir les lire dans n’importe quel ordre ou bien de prendre la saga en cours sans avoir forcément envie de lire un autre volume. Je tiens tout de même à rester cohérent et que les volumes puisse se compléter les uns les autres. (oui, sinon ce n’est pas marrant, ou bien pas assez fou). Le titre va lui aussi prendre de l’ampleur. FREAKS est un mot qui m’a hanté dans un cauchemar. J’ai fait ce que j’ai pu pour modifier ce titre… sans succès. Il est le squelette de ces volumes et va y développer ses multiples définitions. Bien sûr, je vais tâcher de varier les thèmes, les genres et peut-être même les styles littéraires à travers toute la saga… C’est sa nature même. Et… j’avais oublié un détail… Comme je ne sais absolument pas quand je publierai le volume 2, j’ai prévu une bande originale audio pour patienter et prolonger le premier roman. Je vais commencer à travailler dessus avec un ami compositeur en début d’année prochaine. FREAKS sera une saga basée sur ces trois piliers artistiques très simple que sont l’image, l’écriture et la musique. Les trois dimensions de notre monde. Seul le spectateur, le lecteur et l’auditeur nous permettront d’entrer dans la quatrième dimension…

La plupart du temps, les jeunes auteurs passent par l’édition traditionnelle. Qu’est-ce qui a motivé ton choix pour l’auto-édition ?

Le fait de n’avoir pas trop d’espoir d’être publié dans l’édition traditionnelle à l’heure actuelle. J’ai envoyé mon manuscrit à quelques maisons d’édition ou agences littéraires susceptibles d’être intéressées, mais sans succès pour le moment. Ces recherches demandent aussi beaucoup de temps et d’énergie que je préfère consacrer à l’écriture. Ce serait évidemment génial d’avoir un véritable partenaire qui m’accompagne et puisse me soutenir dans mon projet, mais je garde aussi les pieds sur terre, en-dehors de mes recherches, les chances pour que quelqu’un me repère sont très minces étant donné la visibilité que j’ai sur les réseaux ou dans la sphère littéraire et artistique en général. Mon caractère discret et réservé n’aide pas non plus pour me mettre en avant auprès de personnes influentes. Passer par l’auto-édition constituait une première étape pour avoir un sentiment d’accomplissement, fournir une première version papier et la faire lire. La plateforme d’Amazon n’est pas parfaite (elle m’empêche d’ailleurs d’être considéré par certains libraires), mais elle reste la plus pratique pour le moment. Elle me permettra aussi de mettre en vente la bande originale sous forme de MP3 et CD à la demande, ce qui n’est pas négligeable. Il est clair que dans un système traditionnel, je pourrais proposer une version numérique du roman (que je n’ai pas mis en vente) et papier bien plus belle, ainsi qu’une mise en lumière sur le projet bien plus conséquente. Même si être seul apporte une liberté et une flexibilité incomparable, être sur le front et devoir assumer toutes les autres tâches qui feront vivre le roman sont très rapidement pesante moralement et physiquement. Donc je n’abandonne pas mes recherches, mais je ne place pas non plus tous mes espoirs sur un potentiel partenariat avec la meilleure des structures. Une structure humaine qui considère ses auteurs. Je garde aussi à l’esprit que l’entièreté de la saga ne soit jamais publiée en auto-édition ou dans une maison d’édition traditionnelle. On écrit avant tout pour soi et si l’on a quelque chose à dire. Si j’estime ne plus avoir le soutien, les capacités ou les besoins nécessaires, l’histoire mûrira (pour ne pas pourrir) dans un tiroir pour un autre temps.

Une petite dernière pour la route. Quel message ou conseil voudrais-tu transmettre à tous ceux qui rêvent d’être édités ou d’éditer leurs ouvrages ?

Je me demande si je suis légitime à répondre à cette question… Je suis encore très jeune dans le milieu, j’ai peu d’expérience et mon roman est encore très loin d’avoir trouvé son public. Je ne considère pas le fait d’avoir publié ce roman comme un accomplissement suffisant pour prétendre apporter un quelconque conseil. Bon… je vais maintenant mettre ma modestie de côté. Vous rêvez d’avoir votre ouvrage édité (quel que soit le mode d’édition) ? Gardez à l’esprit que la publication n’est pas une fin en soit. Écrivez. Croyez-y. Écoutez cette petite voix intuitive qui murmure au-dessus de votre nuque et fait frémir votre cœur. Soyez conscient et inconscient. Remettez-vous en question. Lâchez prise sur votre histoire. Mettez-y des choses personnelles. Regardez sur le web toutes les méthodes qui existent pour venir à bout de votre œuvre, prenez celles qui vous conviennent le mieux. Respectez certaines règles, brisez-en d’autres. De nos jours, toutes les informations sont à notre porté pour pouvoir écrire et publier un bon roman. Cela étant fait, le plus dur reste à venir. Écrire s’apparente déjà à un marathon, mais relire son roman, le corriger (cette tâche est horrible, on a l’impression de ne jamais en finir), le publier, se faire connaître et le faire vivre grâce à une communauté… est bien plus éreintant et s’apparente à toutes les autres courses folles que la vie peut mettre sur notre chemin. Créer n’est pas si difficile que ça, c’est ce que vous faites de cette création qui compte. Et ce que vous en faites nécessitera forcément beaucoup de patience… C’est peut-être la qualité essentielle que je vous conseille d’avoir. Si vous croyez fortement en votre projet, c’est-à-dire que vous avez pris le temps de le mettre à l’épreuve de la vie, la patience viendra d’elle-même et vous devrez alors la cultiver. Il y a des règles de best-seller que je n’ai pas respecté dans mon roman, comme par exemple démarrer par un chapitre accrocheur et ponctuer le récit de chapitres courts (mes chapitres sont longs, très longs pour certains), et il m’a fallu beaucoup de patience pour ne pas céder à l’appel de la faciliter d’un récit standardisé. Est-ce que ces caractéristiques ont empêché certains lecteurs de rentrer dans l’histoire ? Oui. Mais ils sont aussi passé complètement inaperçu pour d’autres, qui m’ont fait des retours magnifiques et très inattendus. C’est un choix délibéré d’avoir écrit de cette manière, non seulement parce que j’ai découvert après que tout ceci s’inscrivait dans une vraie logique artistique (pour rappel, art roman), mais aussi parce que cela apporte une personnalité propre à cette histoire, qui gagnera en dimension avec le temps et après la publication de ses suites. Il n’y a que la patience qui apporte la confiance nécessaire à créer quelque chose de singulier et propre à soi-même… en plus de parvenir à encaisser des coups inévitables ou parfois injustes, lorsqu’on décide de prendre des risques et se mettre en partie ou entièrement à nu dans une histoire. Depuis bientôt deux ans, les 3/4 de mes tentatives pour faire connaître Anna ont échoué (et je ne parle que de ce projet artistique, pas de mes diverses autres expériences professionnelles). Je trouve tous les jours des raisons de continuer ou bien d’arrêter. Ma volonté de continuer se nourrit de ma patience et cette dernière est aussi un allié très puissant dans la qualité de dessin, d’écriture et de composition que je souhaite pour ce projet. Au-delà d’y croire pour donner, il faut patienter pour recevoir. Et ce qu’on reçoit, dépasse très souvent toute la dimension symbolique dont on a inondé son œuvre.

Merci beaucoup Christophe. On attend la suite avec impatience. Bon courage pour ces deux séries.

Rendez-vous le 25 novembre 2017 pour la chronique de Freaks. À bientôt !

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