La parole à… Hélène

LN

Bonjour Hélène,

Tout d’abord, merci d’avoir accepté ma demande d’interview. En l’absence de Sébastien, tu représentes le collectif M.I.A. J’espère que tu n’as rien contre le tutoiement, car c’est un usage ici.

Avant de te harceler de questions, je vais présenter Transe aux lecteurs.

Vous vous réveillez, le corps couvert de sang et l’esprit confus, dans un bâtiment abandonné, aux fenêtres condamnées et aux issues verrouillées. Pourquoi vous trouvez-vous ici, quel est cet endroit et comment vous en échapper ?

Un ennemi invisible, qui semble rôder à proximité, vous laisse des messages et des indices mystérieux, en rapport avec votre passé.

Pour survivre et comprendre les raisons de votre enlèvement, vous devez franchir les nombreuses zones qui vous séparent de la sortie, tout en élucidant les énigmes placées sur votre chemin.

Sorti le 4 septembre 2017 aux Éditions Hélène Jacob.

Juste pour la forme, pourrais-tu te présenter ?

Alors…

Hélène, 40 ans, mariée, deux enfants de 15 et 13 ans, Lyonnaise de naissance et Toulousaine d’adoption, depuis presque vingt ans.

Je jongle avec plusieurs casquettes professionnelles depuis une dizaine d’années (après un long parcours de cadre en grande entreprise) : l’écriture de fiction avec M.I.A, l’édition avec les Éditions HJ, la formation des auteurs avec TutoBar et la rédaction pour divers projets sur le Web, principalement.

Une large partie de mes activités s’effectue de façon bénévole, par amour pour tout ce qui se rapporte au domaine de l’écrit.

Mes passions : la lecture, la musique, la vidéo, le jeu sous toutes ses formes… et plein d’autres choses ! Et, bien sûr, ma famille, qui est un formidable moteur et me soutient, sans cesse, dans toutes ces activités…

Avec Sébastien vous formez un collectif hors du commun, parle-nous un peu de la genèse de M.I.A.

Nous nous sommes rencontrés, il y a une dizaine d’années, quand Sébastien recherchait une rédactrice pour des guides pratiques.

Ça a été ce que nous qualifions de « coup de foudre amical et professionnel » et nous ne nous sommes plus quittés : toutes les activités que je viens de mentionner découlent de cette rencontre.

Parmi tous les projets que nous avons concrétisés en dix ans, M.I.A est né fin 2010 : Sébastien voulait mettre en mots une partie de son passé, dans le domaine du Renseignement, et j’avais envie de travailler sur de la fiction pure. Cela a donné Rémoras.

Le livre a été écrit durant toute l’année 2011 et est paru début 2012.

Depuis, M.I.A ne s’est plus arrêté.

Peux-tu nous décrire les coulisses de la création d’un M.I.A ?

Les choses ont un peu évolué depuis l’écriture de Rémoras.

Sébastien s’est chargé de développer nos autres activités (« alimentaires », principalement) et a dû, pour une durée indéterminée, me confier 100 % de l’activité M.I.A pendant la préparation de notre trilogie Les Affligés, car son planning explosait.

Jusque-là, notre méthode de travail était la suivante : nous préparions intégralement chaque livre ensemble, puis je l’écrivais, et Sébastien se chargeait de notre marketing alors que je m’occupais de tous les aspects techniques (dont la gestion de notre site Web).

En ce qui concerne notre collaboration au quotidien, elle a toujours été très riche, mais difficile à décrire.

Comme nous parlons de tas de sujets à la fois (M.I.A, EHJ, TutoBar, etc.), il est impossible de résumer une séance de Skype qui saute d’un domaine à un autre, en permanence.

Disons que nous partageons un cerveau commun, dans ces moments-là, et que tout s’enchaîne très vite. 

Avec Transe, tu signes le retour des « Livres dont vous êtes le héros ». Comment est venue l’idée ?

J’ai toujours voulu que chacun des livres de M.I.A réponde à un défi narratif particulier, avec des contraintes claires, pour ne jamais prendre le risque de réécrire le même livre plusieurs fois ou de tomber dans la facilité.

Rémoras est construit selon un montage parallèle et des flash-back ; La Trappe est à la première personne et ne contient aucun dialogue, à l’exception de la dernière partie ; la trilogie La Faille suit trois lignes de temps distinctes, avec une stricte narration interne ; Max est intégralement au présent, avec une unité de temps et de lieu pour chaque chapitre, sur sept jours ; et les trois tomes des Affligés mélangent plusieurs de ces caractéristiques, mais autour d’une vingtaine de personnages, au total.

Quand j’ai réfléchi au projet suivant, je me suis donc demandé quelle contrainte j’allais me fixer, en sachant que je sortais de dix-huit mois d’écriture « épique » et que l’idée d’un huis clos me semblait « reposante »…

Comme je suis une fana du jeu sous toutes ses formes (vidéo, de plateau ou de rôle) et que les « livres dont vous êtes le héros » de mon adolescence m’avaient beaucoup marquée, je me suis dit qu’adapter le principe en le transposant dans l’univers adulte et sombre de M.I.A serait un défi parfait.

De plus, cela me permettrait de savoir si un tel genre peut encore trouver un public aujourd’hui, alors que ce type de littérature est passé de mode depuis plus de vingt ans.

Transe a donc été construit à partir de cette base.

Pour son thème central, j’ai procédé par élimination : le cycle Rémoras/La Trappe/La Faille parlait principalement de la notion de pouvoir ; Max traitait le mal ; Les Affligés, la quête et le sacrifice ; pour Transe, la folie s’est imposée naturellement.

Après un énorme succès dans les années 1980 – 1990, l’aventure s’est arrêtée en 2007. Depuis, des jeux vidéo comme Heavy Rain, Beyond : Two souls ou encore Until Dawn semblent redonner plus facilement vie au concept. Penses-tu qu’un retour en force des livres-jeux soit encore possible ?

C’est un pari un peu compliqué, car beaucoup de lecteurs imaginent qu’un tel genre est nécessairement réservé aux adolescents, par nature, et passent à côté sans même chercher à en savoir plus.

Les pousser à sauter le pas et tester ce livre n’est donc pas facile, mais c’est un défi intéressant.

C’est aussi la raison pour laquelle je me suis obligée à ne pas incorporer dans ce livre trop d’éléments : initialement, j’avais prévu encore plus d’énigmes, de chemins parallèles, d’interactivité, mais je me suis dit que j’allais faire fuir les « novices », en les décourageant.

Le plus compliqué a donc été de rendre l’expérience satisfaisante pour les deux lectorats, sans décevoir personne.

J’attends encore un peu pour savoir si c’est une idée à renouveler, car la préparation d’un livre comme celui-ci est titanesque, par contre. Pour le moment, les ventes sont au rendez-vous, mais un cran en deçà de nos romans précédents, donc c’est un bilan que je pourrai faire dans quelques mois.

Ces dernières années, plusieurs gros éditeurs ont tenté des expériences similaires et je crois que les résultats sont en demi-teinte. C’est dommage, car la synthèse lecture/jeu peut être passionnante, quand elle est bien effectuée.

L’univers de Transe gravite autour de la psychiatrie avec de multiples références à ses divers maladies, traitements et son histoire. Comment as-tu fait pour rendre l’ensemble aussi réaliste ?

J’ai suivi le même processus que pour tous nos livres : deux tiers du temps total dédié à la préparation et un tiers à l’écriture.

Pour Transe, je me suis principalement immergée dans tout ce qui touchait aux trois hôpitaux psychiatriques de haute sécurité anglais qui ont servi à créer Rashmoor dans ce livre : documentaires de la BBC, littérature technique, rapports d’enquêtes judiciaires, témoignages, etc.

Je suis remontée à la fin du XIXe siècle, pour couvrir tous les éléments significatifs du XXe et conserver ceux qui étaient pertinents pour l’histoire que j’avais en tête.

La trame centrale du récit repose sur un fait divers sordide qui a duré plus de trente ans et qui a choqué l’Angleterre : je l’ai simplement remodelé à ma manière, pour les besoins de la fiction.

Le tout représente environ deux cents heures de préparation de fond.

Je voulais que le résultat soit à la fois authentique et cauchemardesque, puisque le personnage central n’est pas vraiment dans son état normal…

Après le thriller, la SF, le fantastique et la fantasy, as-tu déjà une idée du prochain genre sur lequel tu vas travailler ?

La préparation du projet suivant est déjà bien avancée et l’écriture ne devrait pas tarder à commencer : il s’agit d’une nouvelle trilogie, qui appartiendra au genre « SF dystopique », mais à l’opposé de l’univers de La Faille, qui s’inscrivait déjà dans cette veine.

Cette première trilogie partait du postulat qu’un monde « parfait » avait été créé, après les événements vus dans Rémoras et La Trappe.

Là, ce sera tout le contraire : un monde cauchemardesque, qui va parler d’oppression des femmes, de disparition de l’eau, de quasi-extinction de l’espèce humaine et de plein d’autres éléments sympathiques que je préfère ne pas révéler, pour garder une peu de mystère… 

Tout un programme, donc. On attend déjà les teasers avec impatience !

Depuis la parution de Rémoras en 2012, Transe est votre dixième bébé. Un exploit quand on sait toutes les difficultés que peuvent rencontrer les auteurs (seuls ou en co-écriture). Selon toi, quels sont les succès de votre longévité à deux ?

Comme je l’ai dit plus haut, notre collaboration se place bien au-delà de M.I.A, ce qui fait qu’analyser la partie « fiction » en dehors du reste est compliqué.

Je peux citer quelques-unes de nos caractéristiques principales : l’amitié, le respect et l’admiration réciproques, le goût du défi, plus une espèce de « frénésie positive » qui nous pousse sans cesse à créer et à nous lancer dans de nouveaux projets.

En complément : une confiance mutuelle absolue et une alchimie naturelle qu’il est très difficile de définir.

En parallèle du collectif, de ta vie de famille et de tes boulots alimentaires, tu diriges les Éditions Hélène Jacob. Comment arrives-tu à tout combiner ?

C’est tellement compliqué à résumer que j’ai carrément publié une vidéo sur notre chaîne YouTube, qui montre comment s’imbriquent EHJ, M.I.A, TutoBar et tout le reste. Le plus simple est encore, pour ceux que ça intéresse, d’aller la regarder… 

https://www.youtube.com/watch?v=_6jOqaBn1X8

Pour faire court : des semaines de 90 heures et un planning ultra structuré.

Bon, c’est un modèle qui a ses limites : j’essaye d’aller chez le coiffeur depuis six mois et je n’y arrive pas… 

Une petite dernière pour la route. Quel message ou conseil voudrais-tu transmettre à tous ceux qui rêvent d’être édités ?

Je vais diviser ma réponse en deux conseils :

Beaucoup de travail : sur son texte, mais pas seulement.

La plupart des auteurs débutants ne connaissent rien à l’écosystème de l’édition et ont donc des attentes décalées, voire irréalistes.

L’idéal est de se former, littéralement, comme le font les scénaristes : pour mieux comprendre que de belles phrases ne suffisent pas à faire un livre, mais aussi pour mesurer ce qu’impliquent concrètement le travail d’un éditeur et le rôle de l’auteur dans la publication de son roman, entre autres éléments importants.

C’est quelque chose qui est assez naturel pour les auteurs anglo-saxons, mais qui n’est pas dans l’ADN français, ce qui est dommage, car c’est souvent source de frustration.

Un minimum d’ego : juste assez pour vouloir donner le meilleur de soi-même, mais pas plus, au risque de bâcler le travail évoqué précédemment.

« Écrire pour se faire plaisir » et « écrire pour les autres » sont deux approches très différentes : quand on désire publier un livre, il faut savoir s’oublier et se focaliser sur un point : servir son récit.

Cela demande une énorme prise de recul, en permanence.

Pour résumer cela, voici mes deux maximes de travail :

« Cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage. »

« Toujours faire les choses avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. »

Merci beaucoup Hélène et bonne continuation dans tes projets.

Merci à toi !

Envie d’en savoir plus sur M.I.A. ? Retrouvez ici toutes les infos.

Je vous retrouve le 4 novembre pour la fin de ce mois spécial d’Halloween !

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