[Roman historique] Miniaturiste par Jessie Burton

miniaturiste

Bonjour à tous,

L’hiver commence à pointer le bout de son nez et vous êtes sûrement en pleins préparatifs pour les fêtes de fin d’année. Alors que vous errez sans but en vous demandant ce qui pourrait faire plaisir à tata bidule ou à cousin machin, je vole à votre rescousse.

Présentons donc, sans plus tarder, le bouquin du mois qui est signé Burton. Non, pas Tim, mais Jessie. Je me suis attardée sur son Miniaturiste, paru l’année dernière chez Gallimard.

Pour quels lecteurs ?

– Tout public

– Amateurs de romans historiques

– Inconditionnels de surnaturel.

Fraîchement mariée, Nella Oortman quitte Assendelf – son village natal – pour démarrer sa vie d’épouse à Amsterdam. À son arrivée, elle découvre une riche famille de marchands déchirée entre exotisme et piété. En guise de cadeau de mariage, Johannes – son époux – lui offre une maison de poupée à l’effigie de leur demeure sur le Herengracht. Lorsqu’elle engage un miniaturiste pour la meubler, elle ne se doute pas des secrets qu’elle va mettre au jour.

L’énorme point fort de ce livre réside dans sa narration. Une forme de mise en abîme où chaque événement extérieur trouve son écho à l’intérieur de la maison, poussant la protagoniste à connaître les petits secrets inavouables de chacun.

L’omniscience redoutable du miniaturiste installe un côté surnaturel, proche du thriller, ainsi qu’un suspense haletant tout au long de la lecture.

Ces éléments concourent à faire émerger des questions existentielles auxquelles le roman n’a pas vocation de répondre, juste d’y apporter un éclairage particulier :

– Y a-t-il quelqu’un au-dessus de nous ?

– Ne sommes-nous que de simples marionnettes, manipulées par des géants ?

– Sommes-nous maîtres de notre vie et destin ?

L’auteure distille trois grands thèmes :

Indémodable, la piété n’est rien de plus qu’un masque derrière lequel les personnages se cachent. La vie publique se trouve réduite à une mascarade, un jeu où personne n’est dupe. L’intimité fait donc place aux vices.

Ceux-ci deviennent la source d’inspiration intarissable du miniaturiste. En effet, il se charge de reproduire le visible, quitte à mettre à mal les apparences. À travers son travail d’orfèvre, il cherche à malmener cette mascarade qui ne consiste qu’à préserver un cadre de vie entre idéal et réalité.

Seule touche de chaleur dans cet environnement froid, austère et humide, l’exotisme, fait écho aux voyages de Johannes dans les colonies et à la future révolution culinaire. Cette thématique lui colle à la peau et ne se résume pas à des décors paradisiaques. Elle incarne son style de vie et son idéal : une bouffée d’air bienfaisante. Comme si le voyage l’enrichissait plus que les denrées qu’il rapporte.

Côté style, pas de grandes innovations à déclarer.

Outre les cinq grandes parties, le titre des chapitres se focalise sur un objet ou un leitmotiv, en lien avec la maison de poupée le plus souvent.

Le narrateur à la troisième personne omniscient préserve habilement le suspense tout en apportant une tension progressive. Ses trames principales et secondaires étroitement liées, ainsi que les fortes sensations procurées par les révélations successives, le rapprochent du thriller psychologique. Seul bémol, le dénouement ne suffit pas à répondre à toutes les interrogations et quelques conjectures demeurent.

Grâce aux questionnements, l’auteure fait participer le lecteur dans sa quête pour lever le voile sur l’identité du miniaturiste. L’ensemble progresse en se heurtant aux multiples péripéties et retournements de situation.

Les descriptions fluides, pas trop chargées en figures de style, permettent un enchaînement léger, propice à la visualisation des lieux et actions.

Pour finir, vous découvrirez des annexes destinées à approfondir vos connaissances sur la vie Amstellodamoise à l’époque concernée.

Le Verdict

Dolls’_house_of_Petronella_Oortman.jpg

La vie d’Amsterdam prodigue une scène sur laquelle se déroule une pantomime. Seul le miniaturiste délaisse ce masque au profit de ses créations. Elles révèlent ce que tous s’efforcent d’occulter.

Ce roman rend un merveilleux hommage à ces personnes en avance sur leur temps qui n’hésitent pas à bousculer les codes pour essayer de faire changer les choses.

Omniscient, omnipotent, et pourtant totalement invisible, l’artisan se forge un statut à l’égal d’une divinité qui suscite de nombreuses questions. Face à cette intrusion dans sa vie, Nella part en quête des secrets du miniaturiste. Et elle n’est pas au bout de ses surprises…

Pour ce primo roman, Jessie Burton s’est inspirée de la véritable maison de poupée de Petronella Oortman exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam. Cette œuvre est un bijou de reproduction qui ne se limite pas au niveau du cabinet de curiosité, mais englobe la vie et l’époque du lieu avec brio et assure le dépaysement. Les personnages nous touchent par leur humanité, nous font peur ou nous émeuvent. Mais aucun ne vous laissera indifférent. Une intrigue rondement menée, même si on peut déplorer quelques points laissés dans l’ombre.

Une lecture rapide et plaisante. Idéale pour les longues soirées d’hiver.

Dernière anecdote pour finir, la BBC a commandé une adaptation en série télévisée. Celle-ci devrait arriver au Royaume-Uni et en Hollande pour 2017.

je recommande chaudement

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