[Bit-lit] Notre-Dame des loups par Adrien Tomas

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Bonjour à tous,

La chaleur estivale m’a donnée envie de me rafraîchir les idées. Petit coup de projecteur sur le troisième roman d’un jeune auteur picard : Adrien Tomas.

Né dans les années 80, il enchaîne les petits boulots avant de publier La Geste du sixième royaume qui lui vaudra le prix Imaginales 2012 ! Son troisième roman est sorti en 2014, comme les précédents, aux éditions Mnémos.

Pour quels lecteurs ?

– Tout public ;

– Amateurs de bit-lit ;

– Personnes désirant écrire un roman à plusieurs narrateurs.

En Amérique, à l’époque de la conquête de l’Ouest, un groupe d’hommes appartenant à une vénerie ratissent la Forêt Blanche à la recherche de « Rejs », les rejetons de celle que Jack appelle « La Dame ». Armés jusqu’aux dents et organisant leur vie sur un territoire hostile à tout point de vue, ils luttent contre l’infection qui menace le Nouveau Monde.

Tout au long de ces huit chapitres, on apprend ce que signifie être veneur : quotidien, code d’honneur, attributions respectives ainsi que leur passé. Fidèle à l’image du « melting pot », on découvre un mélange quasiment improbable de gens qui apprennent à vivre ensemble.

Arlington (l’irlandais), Jack et Jonas (deux colons), Evangéline (l’ancienne esclave devenue maître-chien), Würm, (le dandy allemand qui n’est pas sans rappeler le Pr Van Helsing), Winters (le cowboy texan) et Waukahee (la dernière des Tauntoks).

En bons guides, ils nous permettent de comprendre la lycanthropie telle que l’auteur l’imagine tout en s’appuyant sur les bases séculaires du genre. Outre qui sont les loups-garous et comment les tuer, on apprend les modes de contamination et à repérer les symptômes avant la première métamorphose.

Côté pratique, chaque chapitre renseigne d’emblée sur le personnage qui s’exprimera en plaçant, sous le titre, l’identité complète de celui-ci.

Au niveau du style, beaucoup de phrases courtes, sans fioritures, s’enchaînent. Le rythme assez soutenu intercale de nombreuses péripéties et retournements de situations, donnant du punch à la narration. La lecture est donc très vivante et rapide.

Malheureusement, c’est ici que s’achèvent les points positifs.

En effet, même si les personnages sont bien travaillés dans l’ensemble, je trouve regrettable de les voir quasiment tous parler la même langue. Excepté Würm, tous débitent les mêmes jurons et s’expriment de manière identique. En conséquence il m’est arrivé de me sentir un peu perdu en lisant certains dialogues et j‘ai fini par me demander si l’auteur ne leur avait pas simplement transféré son propre parlé. Donc, si vous pensiez qu’une femme pouvait être délicate : oubliez de suite !

Second couac : tous les chapitres sont écrits selon le même schéma. Si c’est commode pour savoir qui prend la parole, ça l’est moins quand on a compris le système. En conséquence, le roman perd de son suspense et seuls les péripéties et la tension croissante l’empêchent de sombrer dans la monotonie.

Le dernier bémol, et non le moindre, concerne les origines de la Dame. Lors d’une conversation entre Würm et Waukahee, on assiste à un débat qui aurait pu opérer un tournant majeur profitable à l’intrigue. Pour lui, ils poursuivent la Bête du Gévaudan et assure l’avoir déjà combattue en Europe et pense qu’elle a quitté le continent à bord du Mayflower. De son côté, la peau-rouge lui prête une existence bien antérieure à la colonisation en insistant sur le fait que son peuple la connaissait et avait su développer des techniques hors du commun pour l’époque. Hélas, le mystère demeure. Comme si, au fond, ça n’avait pas d’importance, que tout ce qui compte était de la tuer. Comble de la désillusion, j’ai pensé, en constatant qu’elle prenait la parole au dernier chapitre, qu’elle nous livrerait ses secrets. Que nenni !

Pourtant cette idée méritait un développement approfondi. En s’affranchissant des clichés, l’auteur aurait pu réellement créer un univers unique et se démarquer véritablement. Dommage, car la précipitation se fait sentir et la réflexion entre les deux personnages me fait l’effet d’un cheveux sur la soupe.

Le Verdict

En conclusion, c’est un roman sympa qui a l’avantage de se lire vite. Le cadre offert par la forêt enneigée, à la fois oppressant et poétique est manié avec précision, sans redondances. De même, la couleur locale, représenté fidèlement avec le mélange de l’Ancien et du Nouveau Monde, possède une cohérence propre, autre qu’historique.

Pour ceux qui écrivent un roman à plusieurs voix, voici un très bon exemple à ne pas reproduire, même s’il part avec de bonnes idées. Je suis sorti de cette lecture frustrée, avec un relent de bâclé pour les personnages et d’inachevé pour l’intrigue autour de la Dame. En terme d’analyse, hélas pas grand-chose non plus à se mettre sous la dent.

Je ne tire aucun plaisir à le descendre, mais il faut bien avouer que sans l’accumulation de ces points négatifs, il aurait sans doute été une très bonne œuvre.

déception

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