[Fantastique] Les brumes de l’apparence par Frédérique Deghelt

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Qui n’a pas vécu cette désagréable expérience : entamer la lecture d’un livre tant convoité, mais qui s’avère inintéressant au point de se maudire d’avoir voulu le lire ? Et pour cause, dans notre monde matériel, l’apparence a une place indispensable.

Tout d’abord, une présentation succincte de l’auteure s’impose. Frédérique Deghelt est une journaliste, réalisatrice de télévision et romancière française à plein temps depuis 2009. Les brumes de l’apparence, son quatrième roman, est paru chez Actes Sud en 2014.

Pour quels lecteurs ?

– Tout public

– Férus de paranormal.

Cette fois-ci, je laisse la place à Gabrielle, la protagoniste, car elle est nettement plus à même de vous résumer l’intrigue.

« J’hérite d’une tante inconnue, encore vivante, et que je suis à ses dires la dernière descendante d’une lignée de célèbres sorcières. Me voilà nantie de quelques hectares de forêt hantée, dangereuse, bref, invendable d’après les péquenots du coin. Ce n’est pas Halloween, mais ça y ressemble. Quoi de plus créatif pour une faiseuse d’événements !»

Ajoutez à cela qu’elle est une femme qui entre, doucement mais sûrement, dans la crise de la quarantaine, mariée à un chirurgien esthétique, à moitié orpheline et mère d’un adolescent. Bref, il n’y a que son boulot qui permette à cette franco-américaine de rester la tête hors de l’eau.

D’emblée, j’ai découvert un personnage plutôt antipathique mettant plus en avant ses défauts que ses qualités. Elle est l’archétype de la parisienne matérialiste, accro au portable, avec une aversion pour la campagne qu’elle considère comme un no man’s land. D’ailleurs, quand elle évoque Fermet-le-Bois, la commune fictive dans laquelle se trouve son lègue, voici ce qu’elle en dit :

« C’est un coin de France où personne ne va de son plein gré, à moins, d’avoir hérité d’un terrain dans cet endroit sans y être né ».

C’est à Jean-Pierre Moulin qu’incombe la lourde tâche de vendre les lieux dont l’annonce pourrait bien ressembler à ça :

« À vendre gigantesque terrain comprenant deux maisons. Une petite avec beaucoup de travaux à prévoir car elle est complètement en ruine et envahie par les ronces. Une autre, plus grande et en bien meilleur état, perdue au fin fond d’une sombre forêt, et qui a la réputation d’être le théâtre de manifestations ésotériques en tout genre. Enfin, vous pourrez bénéficier d’une petite rivière à l’abri des regards en guise de piscine. Idéal chasseurs de fantômes ou amateurs de sensations fortes. » (N.D.L.C)*

Cet agent immobilier, ex trader, est également un philanthrope œuvrant pour la scolarisation des enfants handicapés dans les campagnes. Pour lui, les villes nuisent aux habitants et à la notion de fraternité. Elles seraient « une vision obsolète de notre système de vie ».

Il est le pilier du roman qui, de par sa stabilité, contribue grandement à aider Gabrielle et à la tirer vers le haut.

Écrit à la première personne, ce récit nous donne accès à tout ce qu’il se passe dans la tête de l’héroïne. Au fil des pages, elle va prendre conscience que la vie qu’elle a mené jusqu’ici est aussi fausse qu’une mascarade. Par cette complète mise à nue, elle finit par gagner la sympathie du lecteur en même temps que celle des autres personnages.

Il s’articule autour de trois dimensions qui sont toutes en relation :

L’ésotérisme vient percuter de plein fouet l’esprit cartésien de Gabrielle et de son entourage. C’est par son biais que tous les éléments fantastiques s’immiscent petit à petit dans la narration jusqu’à prendre une place essentielle. Tout ce qui sera mis en avant ne pourra trouver aucune explication rationnelle.

La médecine est incarnée par deux personnages emblématiques. D’un côté, le père de l’héritière qui est professeur de physique quantique aux États-Unis. Il a indirectement contribué à forger cette rigueur d’esprit. De l’autre côté, Stan, le mari, assure en quelque sorte une continuité de l’éducation paternelle. C’est un Pygmalion qui n’existe qu’à travers sa profession. Cependant, cette discipline est jugée obsolète car elle prône la distinction entre le corps et le psychisme.

La religion a peu de place car en bonne athée, la protagoniste refuse d’en entendre parler. Une certaine spiritualité transparaît par le biais d’allusions subreptices qui alimentent les deux autres dimensions en faisant de celle-ci un faire-valoir.

Ces trois aspects s’imbriquent à merveille nous livrant des réflexions philosophico-métaphysiques riches et passionnantes, ponctuées par l’humour cinglant et percutant de notre parisienne. La mort est le fil conducteur de l’œuvre qui lie ces axes entre eux. La romancière la démystifie en affirmant qu’elle n’est plus simplement la fin de la vie, mais sa continuité.

Au niveau de la structure, ce roman est introduit par un court et séduisant prologue qui nous invite à poursuivre la lecture. Ensuite, chacun des 17 chapitres sont annoncés par une citation dont la plupart sont en lien avec le surnaturel. La 7ème m’a le plus marqué.

« Lis, non pour contredire et réfuter, ni pour croire et considérer comme allant de soi, mais pour peser et réfléchir. » Sir Francis Bacon.

Je l’aime beaucoup car elle appelle à l’introspection tout en faisant allusion à la future évolution de notre guérisseuse en herbe.

Le Verdict

Ce roman fantastique prend la forme d’une initiation invitant personnages et lecteurs à prendre conscience de la matérialité du monde qui les entoure et de leur rapport avec elle. Par le biais de Gabrielle, l’auteure dénonce et critique notre mode de vie pour nous inciter à reprendre le contrôle. Comme elle, nous devons délaisser nos préoccupations futiles pour nous concentrer sur l’essentiel. Elle nous confie un message subliminal, une recette miracle pour vivre ensemble sereinement : avoir l’esprit ouvert et beaucoup d’amour.

Si, de prime abord, le titre semble obscur, il résume bien la philosophie qui se dégage de l’œuvre. L’apparence est une enveloppe brumeuse qui, si on s’y attarde, nous empêche d’accéder à la personnalité de tout un chacun.

Mon seul bémol concerne la fin qui m’a laissé sur la mienne. Au début, j’ai eu l’impression que la romancière avait perdu le fil de sa narration, qu’elle était passée du coq à l’âne et revenue brusquement à la réalité. Ça m’a chamboulé et je me suis demandé si elle venait tout remettre en question comme pour dire « ceci n’arrive que dans la fiction, la réalité est tout autre ». Après l’avoir en quelque sorte « digéré », il est devenu clair que les derniers chapitres sont symboliques, voire poétiques. En réalité, ils insèrent le motif mythologique du passeur. Mais pour l’amener où ? C’est à vous de le découvrir !

*Note de la chroniqueuse

je recommande chaudement

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